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Pourquoi avoir une montre au poignet en 2018 ?

« S’il vous plait, auriez-vous l’heure ? »

Cette phrase fut longtemps anodine. Il y a quelques années encore, on nous interpellait dans le bus, sur un trottoir entre deux portes cochères, au bureau… Et très souvent, le seul moyen de répondre à cette question existentielle était de regarder notre montre. Tout simplement. Mais depuis combien de temps n’entendons nous plus ces quelques mots ? Depuis l’arrivée du téléphone portable et désormais du smartphone, le monde entier à l’heure à portée de main. Affichée numériquement ou analogiquement sur un écran, nous consultons l’heure autant de fois que nous regardons ce compagnon numérique, soit prêt de 30 fois par jour. La montre au poignet est-elle si obsolète en 2018 ? 

Ici, on ne parlera pas d’un objet connecté qui calcule nos pas lors d’un footing, ni d’un gadget qui permet de lire le SMS de tante Jacqueline qui nous invite dimanche prochain à déjeuner. Ça, c’est juste une implantation d’un téléphone sur le bras . On parlera plutôt d’une montre réelle, avec des aiguilles que l’on regarde glisser doucement et lentement sur un cadran tantôt immaculé et muet, tantôt bariolé et clinquant. Son bracelet, aussi bien en cuir fauve et doux qu’en métal froid et doré, devient même un énième accessoire interchangeable. Strictement inutile, donc ? Nous répondrons rigoureusement indispensable. La montre est bien plus qu’un accessoire, elle dévoile la personnalité de son porteur.

Si l’on se cantonne dans ces quelques lignes aux montres-bracelets, c’est qu’elles représentent l’immense majorité des ventes actuelles et que l’on trouve communément aux poignets. Apparues après les montres de poche, ce sont celles que portaient nos grands-pères et arrière-grands-pères pendant la Première Guerre Mondiale. À l’époque, si certaines Reines et autres Impératrices avaient déjà demandé aux plus grands joailliers et horlogers parisiens et suisses de concevoir des bijoux pouvant donner l’heure et déjà dotés de bracelets, les montres créées dès l’origine pour être porté aux poignets étaient peu nombreuses. Seul Albert Santos Dumont, grand aviateur du début du XXème siècle, avait demandé à son ami Louis Cartier de lui inventer une montre qui lui permettait de voir l’heure pendant son vol, sans avoir à quitter les mains de son manche de pilotage. Comme dans beaucoup de domaines – architecture, mode, design industriel par exemple – la guerre et ce début de siècle sanglant vont profondément transformer l’horlogerie moderne. Les poilus, qui possédaient des montres de poche, eurent l’idée de souder de petits fils de métal aux extrémités du boîtier de ces dernières. Grâce à des morceaux de tissu ou des liens de cuir, ces instruments de mesure du temps ô combien utile lors des manœuvres militaires migreront définitivement aux poignent des hommes.

Cela fait donc plus de 100 ans que l’Homme voit défiler le temps au bout de son bras. Alors oui, les modes et le design ont changé. Les matériaux et les formes aussi. Les fonctions, dites « complications » dans le langage horloger, se sont multipliées. Jusqu’aux années 60, la montre est synonyme d’instrument mécanique. Ce n’est qu’à Noël 1969 que Seiko dévoile la première montre à quartz produite en série. Fabriquée en série limitée et en or, pour amortir les coûts de développement, elle coûte à l’époque le prix d’une voiture. Il faut attendre la décennie suivante et la marque Swatch (contraction de Swiss et Watch, littéralement « la montre suisse ») pour que le grand public puisse accéder aux montres à mouvement quartz. Nonobstant, qu’elle soit mécanique, digitale ou à quartz, le mouvement semble importer peu par rapport au design.

Pour les amateurs et collectionneurs de montres, modernes ou « vintage », il est toujours amusant de se promener dans la rue et les transports en commun. Surtout lorsque le printemps et l’été font rétrécir drastiquement la longueur des manches, les montres se laissent alors découvrir. Tantôt rondes et dorées, tantôt rectangulaires en acier, elles ne sont pas le fruit du hasard. Même dans le cas d’un cadeau, tant est si bien que la personne nous connaisse un tantinet, cet objet du quotidien révèle simplement qui nous sommes.

Ou au contraire, elle révèle une certaine « impersonnalité », en se fondant dans la masse, en achetant, en rêvant des mêmes choses que ses semblables. Prenons un exemple frappant : une marque fait fureur en ce moment, des grandes villes aux petits villages, souvent aux poignets de jeunes femmes et de jeunes hommes entre 18 et 30 ans. Elle propose des modèles simples, souvent ronds et dorés, avec un cadran blanc et la possibilité de changer rapidement de bracelet, qu’il soit en tissu ou en cuir. C’est révolutionnaire ! Et bien non. Alors que l’on pouvait penser que la montre, avec l’arrivée du smartphone, deviendrait un objet inutile voire ringard, elle devient finalement un accessoire de mode. Mais comme dans la mode, après une période d’incertitude, une seule posture est valable : « Back to basic ! ». Sauf qu’un « basic » est souvent synonyme d’un retour aux sources ; comme dans la mode, les marques émergentes ou celles en perte de vitesse vont puiser dans l’Histoire horlogère leurs multiples inspirations. Et comme dans un grand nombre de cas, elles ne vont que regarder ce que les marques de luxe ont fait ou les pionnières dans le secteur pour « créer » de nouveaux modèles… Continuons avec cette fameuse marque et ce qui a fait son succès : un boîtier rond, doré ou en acier, un cadran blanc ponctué d’index bâtons, des aiguilles droites de même couleur que le boîtier et des bracelets simples.

Depuis quelques années, beaucoup de gens ne jurent que par les fondements de l’école Bauhaus, des formes simples, naturelles et douces qui procurent fonctionnalité, élégance et qui veulent s’inscrire dans le temps. En 1932, la manufacture suisse Patek Philippe sort un nouveau modèle : la Calatrava. Le nom provenant des moines bénédictins espagnols éponymes (avec pour symbole une croix aux extrémités courbes reprise par la marque de Genève sur les couronnes de ses modèles). Elle ne souhaite non pas révolutionner l’horlogerie, mais proposer à ses riches clients un produit de qualité, simple et élégant. Preuve que ce design fut efficace, ce modèle est toujours produit 86 ans plus tard. Et c’est exactement ce que propose, non pas PP, mais DW. Ce n’est pas dans l’esprit de critiquer le manque d’inspiration des designers d’une marque – si l’on prend un crayon qu’on dessine une montre, elle y ressemblera sûrement – mais plutôt de faire comprendre que si aujourd’hui, nous portons une montre comme cela, c’est qu’il y a quelques années, d’autres générations de passionnés ont pensé peu ou prou la même chose que nous. Et eux aussi voulaient se différencier de leurs semblables et de leurs aïeux. La montre est donc plus qu’un simple objet, c’est une histoire de passion !

Porter une montre en 2018 est donc quasiment un acte militant. Nous pourrions nous en passer mais nous faisons le choix d’en porter une. Qu’importe la couleur,  le  mécanisme ou le prix … Nous plaît-elle ? Voilà l’essentiel. Il ne faut jamais suivre les conventions sociales qui nous dictent nos choix. Combien de montres de plongée, achetées pour faire comme James Bond ont réellement connues les profondeurs de la Méditerranée ? Combien de chronographes liés à l’automobile ont couru les 24 heures du Mans ? Très peu. Alors oui, il faut des passionnés pour transmettre l’amour de ce temps qui passe. L’amour pour expliquer la belle mécanique ou le beau design. La passion pour l’objet, ce qu’il a représenté pour l’homme d’hier et ce qu’il représente pour l’homme d’aujourd’hui. Parfois irrationnelle, cette passion amoureuse entre un homme et son seul bijou du quotidien ne s’explique pas. Il faut le vivre pour le comprendre. Cette montre que nous avons au poignet, qui nous accompagne et nous accompagnera dans tous les moments de la vie, n’est pas un simple instrument de mesure du temps. Elle rythme notre vie, indique notre personnalité et notre choix. Elle rend visible au monde notre amour du beau et de l’utile.

Au fait, pour répondre à la question du début : il est 18h42.

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