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Melindagloss ou l’élégance reine

Chez Claus, rue Jean-Jacques Rousseau, petite et adorable épicerie du petit déjeuner, TTT arrive en retard de vingt bonnes minutes, la honte ruisselle sur son visage, et il s’effondre sur un fauteuil, en face de Mathieu de Ménonville, co-fondateur de Mélinda Gloss, griffe fraiche et parisienne, sans chichi mais racée. Mathieu de Ménonville est un parisien, pas un de ceux qui s’en vantent, mais de ceux qui le constatent, et en sont heureux. Certainement pas stressé, ni agacé, il dissipe d’une main légère la gêne de TTT d’être en retard, et tous deux commencent une interview, comme deux ancien collègues de primaires qui se sont retrouvés un jour par hasard aux Tuileries ou au Palais Royal et qui se sont donné rendez-vous en toute nonchalance. On prend des nouvelles, de TTT, de Melindagloss, et l’on centre l’interview sur la personnalité de l’Homme Mélinda Gloss. Alors, qui est-il cet homme parisien créé à partir de deux esprits, celui de Mathieu, et celui de Rémi de Laquintane ? 

 

TTT : Où dort l’Homme MelindaGloss (HMG) ?
Mathieu de Ménonville : Ah… Il aime le premier arrondissement, le Palais Royal, mais il a aussi un attachement profond pour Saint-Germain, qui n’a jamais perdu l’atmosphère qui s’y est créée depuis des siècles et plus précisément au 20ème. Je dirais que l’HMG a sa chambre à La Louisiane, rue de Seine, dans le 6ème. C’est un hôtel historique, empreint d’une belle histoire, et QG de nombreux artistes, de Juliette Gréco à Morrison. Je pense qu’il aime la position centrale, au cœur de Saint-Germain, et l’atmosphère de ce lieu emblématique.

Ses habitudes, pour déjeuner, prendre un café, se balader ?
Il prend un café rue Bonaparte, déjeune dans le 9ème, et se balade au Palais Royal.

Puisque l’HMG est un parisien born and bread, on ne peut que penser à Françoise Sagan. Dans un certain sourire, Dominique a, tout un été, une phrase de Hamlet qui lui revient en tête constamment : « Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». l’HMG a t-il, lui aussi, une phrase qui s’impose à lui ?
(pause) Elle est difficile celle là… alors… une phrase qui lui reviendrait en tête, tout le temps… il y a une très belle légende de Marina Cicogna pour une photo de Bertolucci et Pasolini :
« Les jeunes intellectuels du début des années 60 ne jugeaient pas nécessaire de s’habiller comme des clochards pour affirmer leur révolte, qu’ils confiaient aux oeuvres du cinéma et aux écrits. » Je pense qu’il a cette phrase gravée en lui, et qu’il ne l’oublie jamais.

Puisqu’il aime la beauté, le raffinement, l’HMG doit aimer l’Art. Une musique ? 
Une seule ? Impossible, c’est très dur…

Allez, grand prince, trois artistes. 
Alors… Singtank, pour la bonne humeur. Il l’écoute presque tous les jours… Boris Vian, absolument, parce qu’il est éternel, et… j’ai droit à un nom un peu… pas commercial mais… connu de tout le monde ?

Bien sûr, il en faut.
Alors David Bowie, parce que David Bowie.

Où s’installe t-il pour lire, à Paris, et quel livre ? 
Bien sûr au Palais Royal, et je pense qu’il a besoin, en confrontation à la sérénité du lieu, d’une lecture un peu moins légère, plus brute, voire brutale, donc Le festin nu, de William S. Burroughs. C’est un délire paranoïaque et autobiographique, écrit sous l’influence de nombreuses drogues. C’est cauchemardesque et riche, beau et brut.

Le livre qu’il emporte en voyage ? 
Rigodon, de Céline, son récit de la traversée de l’Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale.

Et celui dont il ne pourra jamais se passer ? 
Sans hésiter, L’Érotisme, de Georges Bataille.

Le musée ou la galerie parisienne où l’HMG va tout le temps ? 
La maison rouge, boulevard de la Bastille. Un regard nouveau, ou en recherche de renouveau, et d’humanité. C’est incroyable ce que l’on y voit, c’est beau, neuf, impressionnant.

Sa couleur favorite ? Et attention, pas le jaune, ou le vert, mais quelque chose d’élaboré, comme du bleu sarcelle, ou du cuisse de nymphe !
Ah… alors… élaboré ? Il aime le bleu, c’est sûr, mais… j’aurais tendance à dire tous les bleus sans jaune.

Oui… mais… ok… tu peux m’en dire plus ? 
Les bleus obtenus avec du jaune sont toujours un peu tristes, non ?

Je te crois sur parole. Ses films préférés ? 
Stalker, de Tarkovsky, du Rohmer, mettons Pauline à la plage, et Buñuel, bien sûr, avec Le charme discret de la bourgeoisie.

Une sculpture qu’il aime plus que les autres ? 
Toutes les têtes de fous de Franz Xaver Messerschmidt. Elles sont captivantes. Effrayantes, mais fascinantes.

Et en peinture ? 
Ida Tursic et Wilfried Mille. J’aime énormément ce qu’ils font, c’est très fort.

S’il devait vivre dans un autre temps qu’aujourd’hui, à quelle époque vivrait l’HMG ?
Je dirais qu’il vivrait pendant la Grèce antique. Ou l’Après-guerre. Ou la Renaissance. Oui, plutôt la Renaissance. Il serait très pote, je crois, avec Machiavel.

S’il devait être un autre homme ?
Il aurait l’existence d’Hemingway. Cet homme a tout de même eu une vie époustouflante. Complète.

L’HMG est un dandy ? 
Oui, non… il habite les belles choses. C’est essentiel, je crois. Il habite tout ce qui est beau.

Un collectionneur ? 
Pas vraiment, davantage quelqu’un qui s’attache particulièrement à la beauté, et qui, dès lors qu’il éprouve un mouvement du cœur pour quelque chose, peinture, vêtement, musique, se l’approprie, non pas dans un désir égoïste, mais se l’imprime dans l’âme. Il le porte en lui, il s’en nourrit.

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