fbpx

Pour sa 34ème saison du festival de Hyères, la villa Noailles a invité les talents de demain en leur offrant une vitrine de choix. Chacun se sont exposés devant un jury fidèle à l’événement, avec le concours MODE présidé cette année par la directrice artistique de Chloé, Natacha Ramsay-Levi, le photographe Craig McDean supervise quant à lui la catégorie PHOTOGRAPHIE et la créatrice Charlotte Chesnais, le jury pour les accessoires de mode.

Villa Noailles Festival de Hyères 34 avril 2019
La boutique de la villa, ré-interprétée par le designer Pierre Yovanovitch _ ©lucasbonnet
Christophe Rumpf : grand lauréat de la catégorie Mode.

Dans un réel éclair de conscience, la plupart des créateurs de la compétition ont misé sur l’up-cycling, ou l’emploi de matières recyclées, ces choix aboutissent pour autant à un résultat singulier, reflet de leur interprétation originale. Un point qui, sans aucun doute, a été décisif dans la sélection du lauréat de cette année : Christophe Rumpf a remporté le Grand Prix Première vision, à l’instar des vainqueurs de l’année dernière, le duo Botter, membres du jury mode en 2019, dont les notions de souvenirs, de matières initialement attribuée à d’autres fonctions, faisaient figurent de proue au sein de leurs collections. La problématique de l’impact humain sur la biodiversité, remettant en cause la majorité des moyens de production, s’insère ainsi dans la continuité des précédentes éditions de ce festival baigné par le soleil et la flore méditerranéenne. Elle confirme une certaine volition environnementale pour la mode de demain, telle une ligne directive dans l’organisation d’un tremplin pour ces jeunes talents. Le Grand Prix du jury Première Vision est doté d’une bourse de 20 000 euros, d’une visibilité à Paris en septembre lors du salon éponyme, de projets de collaborations avec les Métiers d’Art de Chanel, ainsi que Petit Bateau.

Christophe Rumpf festival de Hyères
Hyères 34 avril 2019
Alice Mann remporte le Grand Prix de la photographie.

De par sa volonté ambitieuse de représenter celles que l’on verrait peu, des sujets exclusivement féminins que sont ces jeunes majorettes, affectueusement baptisées « Drummies », elles sont issues des communautés les plus marginalisées du pays. La photographe originaire d’Afrique du Sud a su conquérir le cœur du jury dans le sens ambiguë qu’elle peuvent symboliser. Pour ces filles, être « drummie » permet d’exceller, de se sentir exister par cet uniforme distinctif, « tel un marqueur visuel de réussite, de l’émancipation d’un environnement ». Appréciée pour ce côté rétro (très années 1980), il n’en est pas moins controversée dans la vision occidentale de cette discipline perçue comme une sous-culture féminine, dans le sens archaïque d’un idéalisme de la féminité. Ces photos rapportées par Alice Mann témoignent de la détermination de ces jeunes athlètes, la photographe souhaite contribuer dans la documentation visuelle de cette pratique inspirante « dans un monde où tant de possibilités sportives sont toujours centrées sur les hommes ». La Maison Chanel s’associe au Grand Prix du jury photographie avec une dotation de 20 000 euros versée au lauréat.

Alice Mann photographie Drumies
Courtesy Alice Mann
Noelia Morales, son projet “Anna Bonny” pour la catégorie accessoires de mode Swarovski.

Le jury accessoire met une nouvelle fois en valeur le thème du handicap (l’année précédente, c’était le trio Kate Fichard, Floria Fixy et Julia Dessirier, aujourd’hui la marque Hearing qui présentait des bijoux auditifs pour les malentendants). Aujourd’hui, c’est avec un « mastectomy patch » que l’on peut valoriser les cicatrices : plutôt que de les dissimuler, le projet souhaite en faire un atout. Soutien-gorge orné de diamants Swarovski, « monokini » en coquillage, bandeau de pirate, la créatrice espagnole souhaite érotiser avec humour. Effrayée par la lingerie médicale d’il y a 40 ans, le concept lui est venue en refusant elle-même de se refaire opérer pour avoir deux seins. Noelia Morales, qui vend ses créations dans le monde depuis plusieurs années, reçoit aujourd’hui une bourse de création de 15 000 euros par Swarovski, ainsi qu’un projet de collaboration avec les Métiers d’Art de Chanel, à hauteur de 20 000 euros.

Noelia Morales Festival de Hyères 34 avril 2019
"Anna Bonny" mastectomy patch. Courtesy Noelia Morales

Au travers du prisme de ces trois créateurs, des ambitions consciencieuses se dessinent. Une prise de recul, de nos rêves et promesses techniques, le souhait ardent d’une mode moins gourmande, plus réfléchie et anticipée. La volonté de transmettre un message de très loin, de confronter aux idées reçues et de remettre question sa manière de percevoir. Et l’intime besoin de se délivrer de la honte, d’en faire avantage, plus qu’une force, c’est voir en elle le désir. La Villa Noailles conclue cette édition, une fois de plus, en alliant les engagements humanistes et la cause environnementale.

Écrire un commentaire