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Picasso, du Bleu au Rose

Chronique d’une transition artistique

Dans le langage journalistique, lorsqu’une actualité revient de manière RÉCURRENTE chaque année, nous parlons
de « marronnier ». Avec les expositions consacrées
à PICASSO dans les grandes capitales du monde,
nous pouvons parler « DU » marronnier culturel
de chaque rentrée. Et cette année, Paris accueille
non pas une, mais DEUX expositions dédiées au maître espagnol ; l’une au MUSÉE PICASSO dans le Marais,
l’autre au Musée d’Orsay, se focalisant sur deux périodes de l’artiste, Azul y Rosa, ou plutôt, la transition entre
ces deux moments de la vie de l’artiste.

Lorsque l’on arrive devant l’entrée de l’exposition, en tournant le dos à « L’enterrement à Ornans » de Gustave Courbet, nous pénétrons immédiatement par les prémisses de la période Bleu, allant de 1900 à 1904, les allers-retours entre son Espagne natale, particulièrement Barcelone, et le Paris qui nourrit l’imaginaire de Picasso. Les croquis et les toiles passent des réalisations quasi académiques en toiles bien plus expressives au contact de ses amis artistes. Les portraits et les corps présentent encore des contours mais le trait est déjà estompé. Les couleurs, souvent froides, sont à peine rehaussées de quelques touches de lumières incandescentes des lieux de nuit qu’il représente. Ces scènes, sont celles du Paris du début du XXème siècle, lorsque le simple Pablo, l’immigré espagnol, côtoie ses condisciples artistes venus dans la ville lumière, chercher l’inspiration et parfois le succès. 

Après ce grand espace rectangulaire assez oppressant, nous effectuons un tournant, tant physiquement qu’artistiquement. La période Bleu est souvent associée, à juste titre, à la mort de son ami Carlos Casagemas. Ici, les tableaux deviennent de plus en plus sombres, les nuances de bleu, à peine mélangées au vert et aux touches d’ocre, prennent tout leurs sens avec la compréhension de cet épisode tragique. Ces moments de spleen, de solitude, de mort sont ponctués parfois de quelques rencontres avec des femmes, aux mœurs légères, peintes ici tels des angelots condamnés à ce triste sort. Période bleu, mais ici bleu nuit, bleu des larmes, bleu de la tristesse. 

Continuant dans des salles de plus en plus petites,
à l’éclairage direct, un peu chaud sur des œuvres de grands formats (quasi historique), on découvre un Picasso
parisien, peignant tour à tour des femmes du quotidien,
des portraits de famille aux accents inspirés de Manet,
mais aussi les toits de notre capitale.

Vient le moment de la transition entre les deux périodes, astuce muséographique des commissaires d’exposition, celle-ci se fait par le biais d’une petite pièce, nous dévoilant la vie de l’artiste à cette période grâce à une succession de carnets et de photographies. Cet espace, faiblement éclairé et très bas de plafond, marque une réelle césure dans l’exposition. Car si la première partie de l’exposition consacrée à la période Bleu voyait ses murs recouvert d’un blanc chaud légèrement rosé, la seconde partie dédiée elle a la période Rose s’ouvre sur de plus grands espaces d’exposition, dont les murs se parent d’une peinture d’un bleu acier clair.

Les toiles deviennent plus importantes en taille, la lumière,
plus chaude, caresse les corps aux teintes rosées, les sujets sont alors plus variés, les animaux, le cirque, les enfants font 
des apparitions remarquées. Le tout à l’opposé de l’austérité du début de notre visite. 

Cette période Rose, allant de 1904 à 1906, démontre aussi que Picasso et sa peinture changent, l’artiste métamorphose sa façon de peindre, les formes s’estompent, les couleurs éclatent. Le rose teinté d’ocre, tire de plus en plus vers le rouge là où les corps des femmes sont quasiment suggérés par de grands aplats de couleur. Les sujets et les sculptures évoquent l’Afrique, une nouvelle période semble se dessiner, peut-être pendant une réflexion au bistro à Montmartre, autour une table en bois avec son ami Braque ; ou bien en se souvenant des plaisirs de la rue d’Avignon … La suite, le grand public la connaît et beaucoup considèrent cela comme « Le » Picasso, avec la réalisation de ses plus grands chefs d’œuvres. Ces derniers, vous pouvez les visiter au Musée Picasso, dans l’exposition éponyme.

Exposition Picasso Bleu et Rose · Musée d’Orsay, jusqu’au 6 janvier 2019
Tarif : gratuit jusqu’à 25 ans, 14€ en plein tarif.
Jours d’ouverture : du mardi au dimanche.
Horaires : de 9:30 à 18:00 (nocturne le jeudi jusqu’à 21:45)
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