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Arielle Dombasle & Nicolas Ker : rock, poésie et mots d’esprit

Arielle Dombasle, Nicolas Ker, La Rivière Atlantique… Une musique extatique, un rock sombre et profond, des vortex sonores… Toutes ces pensées s’entrechoquent dans mon esprit lorsque je franchis la porte de La Réserve, un hôtel chic du IXème arrondissement où le duo m’a donné rendez-vous. Je les retrouve dans le boudoir où une ambiance feutrée règne entre les volutes de tabac et les mots jetés dans le réel.
Ce n’est pas un entretien mais une expérience, parsemée d’éclairs de poésie, de mots d’esprit et de coups de gueule. Le TTT vous propose un voyage au gré des courants de cette Rivière Atlantique, en concert le 4 Mai 2017 au Flow.

TTT : Arielle, vous êtes une artiste accomplie : réalisatrice, comédienne, actrice, chanteuse. Nicolas vous êtes un rockeur underground respecté. Comment trouvez vous l’envie et d’encore créer après des carrières comme les votre ?

Nicolas : Parce qu’on ne peut pas faire autrement. On restitue une forme de fiction qui peut parler aux gens qui n’ont pas le temps de le faire.

Arielle : L’art en soi est une forme de cette non-adaptation aux choses telles qu’elles sont. On veut les rendre autres, on veut perfectionner le monde, à notre mesure.

Faire un duo, c’est s’affubler de toutes les dialectiques : l’autre par rapport à soi-même, l’absence et la retrouvaille, la création solitaire puis la mise en partage… Comment fonctionne votre duo ?

Arielle : Quand les êtres s’entendent, c’est parce qu’il y a une altérité, une forme d’accomplissement, d’harmonie dans le jeu des contrastes. C’est comme en musique, deux notes dissemblables créent l’harmonie. Notre rencontre musicale est une obscure évidence.

Nicolas : L’autre est un continent inexploré. Arielle m’a parlé de sa vie, et j’ai écris un disque. Le rôle de l’artiste, c’est de parler de certains pour qu’ils s’adressent à tout le monde.

 

“Il y a une arborescence, comme la fleur en papier qu’on met dans l’eau et qui arrive à prendre tout le bocal.”

 

Vous avez un univers musical empli de culture, de poésie, de mythologie, qu’on retrouve notamment dans le titre « Carthagena », qui désigne à la base une cité phocéenne antique. Pouvez-vous nous expliquer cette référence en particulier ? 

Nicolas : Le titre de la chanson c’est « Carthagena » : j’ai fait exprès de faire une faute d’orthographe. Ce que « Carthagena » représente, c’est le commerce et donc le règne du matériel. Mais je n’aime pas expliciter ce que j’écris, j’aime que les gens interprètent. Arielle en a une interprétation bien différente et c’est ça qui est beau.

Arielle : Nicolas a écrit cet opus et il y avait 1000 manières de le lire. Quand on a fait le clip de Carthagena, cela m’a évoque cette cité, un fragment de légende amoureuse qui est redevenu poussière.

Et justement on dit souvent que vos musiques sont cryptées ? Pourquoi ?

Nicolas : On ne crypte pas au point de la non-compréhension, sinon ca devient les Champs Magnétiques de Philippe Soupault et on en a plus rien à foutre. (Rires)

Arielle : Il y a toujours un sens caché. Nicolas prend un fragment de ce que je lui ai dit et à partir de là il crée. Pour utiliser une image de Proust, il y a une arborescence, comme la fleur en papier qu’on met dans l’eau et qui arrive à prendre tout le bocal.

Dans cet album, vous évoquez beaucoup votre enfance ainsi que cette histoire que vous avez vécu Arielle, lorsque votre maman lors d’une traversée en bateau vous demande « Tu préfères la France ou l’Amérique ? » et vous avez répondu : « Je préfère le bateau ». Toutes les Rivières (Atlantique) ramènent à l’enfance ?

Arielle : C’est une histoire d’enfance retrouvée à volonté. On est des êtres d’exil, Nicolas et moi avons beaucoup changé de civilisations et de pays durant notre existence. Nous avons ensuite choisi l’anglais pour nous incarner dans la Rivière Atlantique.

Nicolas : Tout autant que l’italien est la langue de l’opéra, l’anglais est la langue du rock. Pour cet album, je me suis posé la question de comment on devient Arielle, car c’est une personne fascinante. Quand j’étais moi-même gosse, à 16 ans, j’étais fan de ses films.

Que représente la Rivière Atlantique, un courant dans un océan ?

Nicolas : La Rivière Atlantique c’est l’occident : l’Europe et les Etats-Unis, et le Rock c’est la musique de l’occident. C’est une musique grave, baroque, nous avons fait un hommage à la poésie de ces lieux : Rimbaud, Verlaine, Nerval…

Arielle : La Rivière Atlantique, c’est la cathédrale engloutie, c’est la traversée, les courants sous-marins, les rivières à l’intérieur de l’océan, des trajets…

Que se passe t-il sur scène quand on va voir la Rivière Atlantique ?

Nicolas : Moi je suis un rockeur, quand je suis sur scène c’est beaucoup plus tribal, beaucoup plus puissant, beaucoup plus violent.

Arielle : on s’incarne sur scène, le paysage sonore est bien plus développé. Sur scène, la foule se déchaine, certains pleurent. Dès qu’on est un personnage populaire, on doit faire face au préjugés. Mais la musique parle d’elle-même. La critique a heureusement été bonne !

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