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Memoria : Paradis perdu au cœur des Andes

Énorme coup de cœur de cette 74e édition du Festival de Cannes : dixième long-métrage d’Apichatpong Weerasethakul, Palme d’Or en 2010 avec Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, le cinéaste thaïlandais revient en compétition avec Memoria. Tilda Swinton, Jeanne Balibar, Daniel Giménez Cacho, sont les rôles principaux de cette œuvre immense qui a fait l’unanimité lors de cette première cannoise.

Memoria Apichatpong
Memoria Cannes

« #Cannes2021 Il faut arrêter d’inviter Weerasethakul, il ridiculise tous les autres films. #Memoria » décrit justement @Nissikidem en sortant de la projection du Grand Théâtre Lumière. Les mots manquent pour expliquer à quel point Memoria relève considérablement le niveau de cette compétition.

C’est sans aucun doute l’œuvre qui restera en mémoire, tant dans son impact visuel qu’auditif. Les plans d’une Colombie verdoyante et sereine, de contrastes célestes qui percutent vos abîmes, sous lesquels l’on retrouve Jessica (Tilda Swinton), étrangère rendant visite à sa sœur maladive. Horticultrice fraichement débarquée à Bogota, un bruit assourdissant la hante régulièrement sans que personne d’autre ne l’entende. Sa rencontre avec un musicien s’adonnant au mixage du son perçu, puis avec une archéologue (Jeanne Balibar) spécialisée dans les Andes, l’amène à trouver des éléments de réponses tout en laissant une part intense de mystère sur cette situation inédite.

Selection Officielle Festival de Cannes 2021

Éloge de la contemplation

Memoria est un triomphe du temps long, tant par ses plans arrêtés sur les détails qui font tout que par ses dialogues, aussi faibles que saisissants, donnant à l’œuvre une dimension inconnue et pourtant si réelle. Performance de Tilda Swinton remarquable, dans sa capacité à briller dans une simple moue évocatrice, lorsqu’elle est prise de songes entrainés par le roulement des vagues qui arrosaient la salle. L’espace, plus que jamais, est silence dans ce film qui laisse une place exquise à l’observation capitale du moindre geste, à la conquête du moindre souffle qui terrifie, et émeut, au regard d’une œuvre sans pareille.

Memoria se tourne avec humilité vers la grandeur lorsque les scènes situées dans une architecture brutaliste, élan moderniste très prisé en Amérique du Sud, laisse place à une session de free-jazz enivrante, analogue peut-être des soit-disantes hallucinations perçues par le personnage de Jessica. Ainsi s’installe une frontière tangible entre ce qui est et ce que l’on croit être, Weerasethakul s’amuse d’une fabulation extensive, tendant vers la science-fiction qui pourtant s’inspire d’un regard profondément contemporain. Le film varie ainsi entre l’enchantement et la plénitude, reflet peut-être des cinq années passées par Weerasethakul en Colombie pour son repérage, à tester des substances psychotropes qui, sans aucun doutes, inspirent.

Affiche Memoria

Memoria

par Apichatpong Weerasethakul

En compétition · Sélection officielle de 2021

Avec Tilda Swinton, Elkin Diaz, Jeanne Balibar, Juan Pablo Urrego et Daniel Giménez Cacho

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