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La Fracture : Les gilets-jaunes sur le tapis (rouge)

Dans un élan d’activisme plus ou moins modéré, le dernier film de Catherine Corsini « La Fracture » a été présenté en compétition pour le 74e Festival de Cannes.

Dans le contexte de la crise gilets-jaunes en 2018, on est en immersion au service des urgences d’un hôpital public parisien. Les clichés perçus de l’AP-HP ne viennent pas de nul part : manque de moyens donc personnel soignant épuisé, structure d’accueil tombant en ruine et manquant d’assommer Yann (Pio Marmaï), gilet-jaune à bout de nerfs dont la jambe a été blessée suite à une réponse de la part de la police, cette dernière – peu objectivement – traitée comme le grand méchant de toute l’histoire (car détenteur de la violence légitime). Entre les récits qui façonnent l’atmosphère pesante de la salle d’attente, Raf (Valeria Bruni Tedeschi) et Julie (Marina Foïs) font face à rupture, d’abord personnelle comme elles sont en voie de se quitter, mais aussi sociale comme elles constituent un foyer intellectuellement et culturellement actif, cliché encore du plutôt bourgeois social-démocrate parisien. La fracture, c’est au sens propre celle de Raf qui, tentant de rattraper Julie dans la rue après une dispute, trébuche dramatiquement sur le béton. La fracture, au sens figuré, c’est celle qui permet à cette femme de gauche velléitaire de faire preuve d’altruisme vis-à-vis de Yann, dont la véhémence et le scepticisme le rend en prime abord apathique. On notera enfin qu’il s’agit du premier rôle pour Aïssatou Diallo Sagna, incarnant une soignante, et dont la performance assez remarquable nous amène à penser qu’on la retrouvera très prochainement sur nos écrans.

Catherine Corsini Festival de Cannes 74
cannes 2021 Corsini

Gilet-jaune de luxe 

Si le film est une pure comédie sur les deux premiers tiers, le dernier se révèle un soupçon plus politique dans sa tentative d’engagement avec une parti-pris assez malvenu. Valeria Bruni Tedeschi s’approprie parfaitement le rôle de la quinquagénaire sous anxiolytique, vannant avec aisance le personnel hospitalier comme les patients en souffrance, elle donne à l’œuvre une perspective comique inattendue et cathartique pour un sujet aussi difficile à aborder. Elle apprend à nouer une relation avec le personnage interprété par Pio Marmaï, plus lassant car redondant de clichés, laissant un goût amer sur la perception de la classe populaire présupposée incapable de dialoguer avec diplomatie et de remettre en question ses conceptions préétablies. Ainsi la situation finale se joue d’une tentative maladroite de morale sur ce contexte où les véritables victimes du films (et peut-être de cette crise) sont le personnel soignant : on aurait pu se passer du gentil CRS compatissant avec le gilet-jaune, de l’évidence comme quoi personne ne peut conduire spontanément avec une jambe en moins. Quitte à manquer de subtilité, l’œuvre de Corsini aurait pu en rester sur les instants comiques mis en avants et offrir un regard nouveau sur cette situation vécue par la France entière, plutôt que d’insister sur une vision manichéenne entre méchants et gentils, perçue par une classe bourgeoise qui se permet le temps d’y réfléchir. 

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