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Virgil Abloh, par Renée Rodenkirchen pour Coveteur
Mode Sélection 2018

Virgil Abloh, bain de jouvence de Vuitton

Entamés depuis quelques années, le rajeunissement et la redéfinition du cœur de cible de Louis Vuitton sont désormais confirmés, affirmés, revendiqués, avec l’entrée en scène de Virgil Abloh, qui remplace Kim Jones à la tête de la création Homme de l’illustre maison. Enfant terrible à la sauce américaine, l’ancien styliste de Kanye West est désormais l’un des créateurs les plus en vue du monde de la mode. Cette nomination, qui surprend sans surprendre, est décisive à plus d’un titre.

Certains parlent d’un parcours fulgurant, d’une prodigieuse élévation, mais c’est qu’ils sont d’un autre temps, qu’il n’ont pas compris l’évolution du métier. Car avec une carrière de 16 ans, Virgil Abloh, né en 1980, n’a rien d’un jeune premier. Tout simplement, il est, à l’image d’une jeunesse insatiable, touche-à-tout et libre de toute étiquète, ce qui peut donner l’impression d’une grande fragilité. C’est pourtant tout le contraire.

Originaire du Ghana, né à Chicago et riche d’une maîtrise en architecture, celui qui devient en 2002 le styliste de Kanye West a plus d’une corde à son arc. C’est ce qui caractérise la plupart des personnalités créatives d’aujourd’hui. Pour preuve, ses talents auprès de Kanye West ne s’étendent pas uniquement à son habillage, mais bien jusqu’au design de ses pochettes d’album ou encore à la scénographie de ses clips. Polyvalent, après avoir étudié au sein de la prestigieuse maison Fendi en 2009, Virgil Abloh ouvre un concept store à Chicago, appuyé par Don C, co-manager de Kanye West. Mais ce n’est pas assez, et le jeune homme lance en 2012 son premier label, Pyrex Vision, qui crée la polémique en revendant des t-shirts Champion et des chemises Ralph Lauren marqués du logo Pyrex 23, tout en augmentant sa visibilité grâce à des collections capsules. Commercialisée jusque chez Colette, Pyrex Vision ferme cependant rapidement, pour se réincarner en 2014 en Off-White, label bien plus pointu, connoté streetwear d’élite, et jouant sur des lignes épurées et marquantes.

     

Ce qui fait la richesse du créateur, c’est sa capacité à se démultiplier, par ses différents projets, mais également par ses collaborations, notamment avec Nike, Vans, Levi’s, Guns N’roses, Moncler et, prévue pour 2019, Ikea. Toujours là où on ne l’attend pas.

C’est pourquoi le choix d’une maison aussi établie que l’est Louis Vuitton pour un jeune créateur épris de mouvement et de changement est une audace qui ne devrait pas surprendre.

Depuis quelques années, l’homme Vuitton est rajeuni, plus dans l’air du temps, mais encore très conservateur. C’était la première étape d’une stratégie que vient consolider Virgil Abloh en franchissant un nouveau cap. À l’heure où Vuitton s’allie à Vêtements, il aurait été vain de chercher un designer européen qui aurait su correspondre à la volonté de la griffe d’entrer dans l’ère de l’ultra-modernité. C’est outre-Atlantique que Louis Vuitton a cherché son créateur, mais là encore, pas parmi une génération adoubée de tous, non, mais davantage dans le vivier foisonnant d’une jeunesse frondeuse, allant à l’encontre des dogmes et élevée au rang de star par un public étourdi de nouveauté.

C’est un très beau coup de poker que Louis Vuitton signe là pour sa division homme, aussi marketing, sans doute, qu’esthétique, et qui, avec une première collection prévue pour juin, va très certainement redéfinir bien des choses. Vuitton cesse de regarder vers le passé, se détache d’un poids qu’elle ne savait plus exploiter, et rompant les amarres, franchit l’Atlantique pour une nouvelle élite à conquérir. En réalité, qu’on ne s’y trompe pas, avec Virgil Abloh, Louis Vuitton a renoncé à l’ancienne élégance pour s’en créer une autre.

Photo : Renée Rodenkirchen pour Coveteur