Musique

Paroles de fans : Jérémy Attali présente Benjamin Biolay, vu par son public

Un livre de paroles de fans hanté(s) par la musique de Benjamin Biolay : Jérémy Attali donne la parole – justement – à ceux qui chérissent celles du poète maudit version 21e siècle. Entre reportage et fiction, le livre réunit les é-mots-tions de passionnés dans un esprit pathos-euphorique parfaitement biolesque qui se dévoile au fil des paroles recueillies, celles de l’auteur comprises.

« Je n’ai pas écrit un livre à propos de ou pour l’artiste – c’est mon ressenti qui est couché dans les pages, indépendamment de l’homme qu’est Benjamin Biolay ».

Un affaire d’émotions, donc, que le livre Paroles de Fans. Et les émotions, Biolay sait les attiser chez ceux qui l’écoutent, d’une oreille ou avec leur cœur. Dans une construction toute particulière, déroutante même au début, Jérémy Attali emmène à la découverte de ceux qui ressentent Biolay. Les chapitres commencent par des témoignages de fans suivis de portraits, petites histoires de vie autour d’un café, pour finir avec une nouvelle de l’auteur. Biolay oblige, la partie fiction est le récit d’un séparation, ou plutôt l’histoire de celui qui s’est trouvé séparé sans trop qu’il l’ait vu venir. Les paroles du chanteur se mêlent aux mots de l’auteur, et au fil des chapitres et des mois, la narration annonce et décrit une nouvelle phase de la rupture – celle qui éloigne de l’autre mais aussi de soi, idée d’une mélancolie aliénante comme on retrouve dans le travail de Biolay.

Paroles de Fans est un un ovni littéraire. On le dévore ou on le picore, grâce à sa forme particulière ; c’est un apéritif et un banquet tout à la fois. En amuse-bouche les témoignages, des morceaux de vie où la musique trouve son écho, et inversement. Puis on s’attarde sur les portraits, comme les doigts des sujets sur leurs tasses de café. Pour finir on garde les nouvelles, qu’on lit au fur et à mesure, d’une traite ou à l’envers, puisque le narrateur est à la dérive la tête sous l’eau, avec pour seule BO les entêtantes mélodies biolesques. Et c’est peut-être le plus délectant que de pouvoir considérer l’objet à la fois comme un documentaire, une interview fleuve de près de deux cents personnes, rythmée par la Superbe.

Photographe : Jessica Calvo

Les voix se mêlent, celle de Biolay en fil rouge, se liant autour d’une passion et de la passion en soi. Biolay chante des brèves amoureuses désespérées, qui sont comprises par celui qui l’écoute comme il veut bien les comprendre : Paroles de Fans n’est définitivement pas un livre sur Benjamin Biolay, mais sur ceux qui le passent en boucle sous la couette ou en voiture, seul (souvent) ou non, ceux dont les notes de ce pseudo-Gainsbourg accompagnent les journées et surtout les nuits. Jours et nuits tous confondus dans la nouvelle de l’auteur, le mini-roman, l’histoire de non-amour qui prend toute la place mais quelques pages seulement dans le livre de Jérémy Attali, comme une pudeur de ne pas s’étaler sur toutes les lignes, et de mêler son expérience à celles des autres. Bien joué, pour un premier livre. Et rendez-vous qui sait, pour la suite, donc.

Photographe : Jessica Calvo