Art & Idée Musique

Monsieur, ou le dandysme musical

                  La musique peut-elle s’épanouir dans le dandysme ? C’est dans l’ambiance feutrée de La Réserve, un luxueux écrin à l’abri de l’animation des Champs-Élysées que va se dessiner la réponse, avec Monsieur. Vêtu d’un costume – le vêtement qui sied au sieur – et d’une barbe impeccablement tenue, l’auteur-compositeur incarne une culture de l’élégance toute française. Bien plus qu’une esthétique, c’est une petite fenêtre entrouverte sur son univers musical. Influences de soul et de jazz, effluves rythmiques de rock et d’électro et effervescence de sonorités acoustiques et électro s’entrechoquent : Monsieur compose avec la liberté de puiser dans ces courants si variés. Le TTT vous propose un entretien clairvoyant, sur les constats et les espoirs de l’artiste, du transhumanisme à l’amour, de la création à l’engagement.  

TTT : Le nom « Monsieur » incarne une idée d’élégance, une certaine forme d’éducation voire de virilité ?  Quelle est l’histoire derrière ce choix de nom de scène ?
Monsieur : Au moment de trouver un nom d’artiste, j’ai choisi de fouiller dans mes racines. Il se trouve que je suis un parent éloigné de Coco Chanel, et comme on l’appelait mademoiselle, c’est un petit hommage.

Serait-ce également un moyen de protéger une intimité ? Je relie toute cela à ton dernier album qui s’appelle Sir, on sent que l’idée de masculinité est importante en tant que telle dans ton univers.
Je n’avais pas envie de porter un prénom qui n’était pas le mien. J’aurais eu l’impression de changer d’identité, c’est donc plutôt une envie d’être moi. C’est d’ailleurs une tradition anglo-saxonne de ne garder qu’un nom, je pense à Sting ou Prince, par exemple.

Tu intègres une scène française qui revient en force ces dernières années avec des groupes comme Fishbach ou Paradis. Le français a une place importante dans ta musique ?
Le besoin de chanter en français, il est viscéral. J’ai besoin d’être compris dans cette langue là et de parler aux francophones. Mais j’écris aussi en anglais, le choix se fera par rapport à la mélodie. En tout cas, c’est important de faire sonner la langue française.

Tu reconnais être plutôt seul lors de tes compositions, cela te permet de faire intervenir plus facilement ton univers intime ?
Pour le précédent album, j’avais effectivement envie de composer tout seul pour qu’il y ait cette intimité là. En revanche, j’aime tout autant les collaborations, j’ai d’ailleurs écrit et composé certaines musiques entourés, par exemple une chanson avec François Lasserre, le guitariste de M.

Ton univers s’épanouit dans la pop, le rock, des pulses très funk, de la bossa… D’où viennent ces influences ?
C’est un peu tout ça. (rires) À la base j’aimais des chanteurs plutôt soul plutôt mélodique comme James Brown, Mickael Jackson ou Stevie Wonder. Et comme ces artistes là avaient déjà énormément d’influence, j’ai eu envie d’écouter les leurs. J’ai découvert des artistes de jazz et Jimi Hendrix. Il y a un point commun avec toutes ces musiques, c’est les harmoniques.

« La perte du souvenir de l’autre, tout le monde l’a ressenti »

 

Dans tes derniers titres, tu parles du transhumanisme, c’est un sujet qui t’interpelle ?
On vit une époque assez bizarre et comme tout le monde j’ai réfléchis au sujet, j’en ai fait une chanson : «Intelligence Artificielle». Et pour le coup, c’est vraiment l’ordinateur qui a crée le titre à partir d’un bug. Il me créait des fichiers audio à part entière à partir de fichiers existants, avec des mélanges de guitares, de voix… Et j’ai prélevé cette petite phrase qu’on entend au tout de la chanson, que j’ai ensuite habillé musicalement.

«A Part of History» est en revanche un titre politisé, un appel à la liberté de notre génération. Revendiques-tu le statut d’artiste engagée pour ce titre ou c’est plus un état d’esprit ?
J’ai d’abord composé la musique, et il y a eu les évènements tragiques de Charlie Hebdo, et ensuite il y a eu ce grand rassemblement républicain. C’est triste d’en arriver là pour que ça arrive, et j’avais envie de l’exprimer dans une chanson. Je trouvais la mélodie très fédératrice et vraiment faite pour parler de ça.

Tu reprends le topos de la mémoire dans ton titre « Un souvenir lointain » appuyé par une mélodie est langoureuse et des sonorités qui se perdent perdent dans des basses profondes et lointaines. Ta musique se fait support pour fixer cette perte, en le fixant dans un univers ?
La perte du souvenir de l’autre, tout le monde l’a ressenti. C’est terrible d’essayer de se rappeler sans vraiment y arriver, d’avoir un visage qui se perd dans un autre visage, alors qu’on l’a vécu intimement. J’ai choisi d’en parler de façon très cynique et ça a donné cette chanson. Il y a une rythmique assez présente, profonde et je voulais que les gens la ressente dans le clip, avec des arrêts sur image avant que ça reparte en accéléré.

Sur les clips de ce titre ainsi que sur celui de « The Encounter », je trouve que tu as une esthétique assez Pop Art…
J’aime bien le Pop Art mais je ne me suis pas trop posé de questions. Pour « The Encounter », on a eu l’idée du stop motion, c’était un travail de fou, quelque 2000 photos ont été prises, a été retouché, notamment pour l’ombre et la colorisation de certains éléments. Quant à « Souvenir Lointain », on a choisi une incrustation, il a donc fallu trouver une idée qui permette de développer une esthétique sur le rythme alors que c’est un plan fixe.