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Comment le marché du luxe pourrait être menacé par les différents troubles politiques ?

Les tensions géopolitiques ne cessent d’augmenter. Trois des plus grandes économies mondiales – la Chine, l’Union Européenne et les Etats-Unis – risquent d’être impliquées dans des conflits commerciaux majeurs si les coalitions les plus protectionnistes de l’administration Trump continuent à poursuivre leur chemin. À cela s’ajoute la montée des forces anti-euro à travers les pays européens qui menacent l’existence future de la zone euro elle-même. Ces différents scénarios à risque pourraient bien troubler le secteur du luxe, bien que certaines entreprises soient mieux armées que d’autres pour faire face à cette tempête.

Le conflit USA/Chine et ses conséquences sur le secteur du luxe

Imaginez le scénario suivant : les Etats-Unis accusent officiellement la Chine de fraude monétaire et imposent ainsi des droits d’importation plus élevés sur les produits chinois. Dès lors, la Chine réagit en réalisant des contrôles plus stricts sur les entreprises américaines implantées sur son sol et augmente les droits d’importation sur les produits américains. C’est de loin le scénario le plus inquiétant pour l’industrie du luxe, puisque les consommateurs chinois devraient alors renoncer à se payer ces produits, déjà 30% plus chers qu’en France aujourd’hui, alors qu’ils représentent environ un tiers du marché mondial de ce secteur. Les conséquences se feraient ressentir dans l’ensemble des entreprises de produits de luxe, pour la plupart exposées au marché chinois. Brunello Cucinelli est peut être la marque la moins enclin à un tel risque puisque moins dépendante du marché chinois.

Quid des tensions entre les Etats-Unis et la zone euro ?

Les Etats-Unis sont encore une fois au coeur d’un deuxième scénario à risque, menaçant l’industrie du luxe, suite aux accusations de l’économiste Peter Navarro, gourou de Donald Trump, selon lequel l’Allemagne utiliserait un euro « largement sous-évalué » pour « exploiter » ses partenaires américains et européens. Il est donc possible que les Etats-Unis imposent des droits d’importation sur les biens européens, bien qu’une sorte de « taxe d’ajustement frontalier » semble plus probable. Quoi qu’il en soit, le résultat serait la hausse des prix pour les consommateurs, avec un impact sur les marges des entreprises dans l’optique où celles-ci tenteraient de compenser cette surcharge.

Les principales victimes seraient les entreprises les plus exposées au marché américain, avec en prime une faible capacité de fabrication locale, comme Luxottica par exemple, qui fabrique principalement en Italie et en Chine. On peut également citer Brunello Cucinelli et Salvatore Ferragamo. À l’inverse du groupe LVMH, qui lui, peut encore tirer profit de certaines de ses productions locales.

Et si éclatement de la zone euro il y a ?

Au coeur de l’Union européenne, dans les pays tels que la France, et l’Allemagne, et peut-être en Espagne et en Grèce qui pourraient être appelés à des élections anticipées, la montée des partis anti-UE menace. Si les électeurs des Pays-Bas et de la France ont récemment rejeté les partis anti-immigration et anti-Europe de Geert Wilders aux Pays-Bas et de Marine Lepen, les élections allemandes prévues pour septembre prochain inquiètent encore.

La monnaie unique européenne peut-elle supporter le test démocratique ? Si les électeurs disent non, quelles conséquences pour l’industrie du luxe ?

La réponse est rassurante : elle ne s’en tirera pas trop mal. En effet, la dislocation du marché de l’actif créerait une opportunité majeure pour l’achat des stocks de luxe. Pour commencer, les entreprises de luxe sont pratiquement exemptes de dette et ne souffriront donc pas des restrictions de la crise bancaire et de la crise du crédit qui s’ensuivraient probablement. L’Allemagne et le nord de l’Europe finiraient avec des monnaies plus fortes et une croissance plus faible, mais ces marchés sont largement hors de propos pour la consommation de biens de luxe. L’Europe du Sud risque de croître de nouveau à temps, soutenue par des monnaies plus faibles. Cela devrait relancer la demande de deux des pays européens les plus importants dans l’industrie du luxe: les Italiens et les Français.

Enfin, les entreprises françaises et italiennes de luxe devraient bénéficier de la faiblesse de la monnaie, quand les entreprises suisses et britanniques souffriraient de mouvements de monnaie défavorables à court terme, mais au fil du temps, leur impact serait largement insignifiant. Une opportunité d’achat sur le secteur, à coup sûr.

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