Art & Idée Musique

Mai Lan, une liberté en Autopilote

Rendez-vous pris avec Mai Lan au studio La Couturière, en plein cœur du second arrondissement de Paris. Situé au fond d’une cour intimiste que l’ambiance effervescente du photoshoot vient contraster, le lieu résolument neutre tapissé de noir et de blanc est un endroit idéal pour laisser s’exprimer la confidence artistique. Photographes, techniciens et maquilleurs s’affairent entre deux prises tandis que danseurs et mannequins virevoltent entre les appareils. Puis débarque Mai Lan. Confortablement dans un canapé Chesterfield rouge cramoisi, je découvre une personne électrique, emplie de couleurs et de folie douce. Mai Lan est une artiste dans ce qu’on peut rêver de plus pure et profond : un océan d’influences, des créations dans lesquelles elle se jette corps et âme pour épuiser leurs possibles, une personnalité vive, indolente et provocatrice qui révèle une sensibilité hors des normes se ressentant dans sa musique. Le TTT s’est laissé bercer par ces effluves Hip-Hop, Dance et Pop présent dans son nouvel album Autopilote, disponible depuis le 19 janvier.

TTT : Ton parcours d’artiste a bien évolué depuis ton premier succès intitulé sobrement « Gentiment je t’immole ». Quel recul as-tu sur ce titre ?
Mai Lan : Gentiment je t’immole c’est mon tube, celui dont on me parle dès qu’on me rencontre. C’est un morceau important parce qu’il décrit tout à coup un public, qui m’a demandé de proposer une suite. À l’époque, je n’étais pas spécialement dans une démarche d’être chanteuse, je faisais d’autres choses, et ce levier m’a donné envie de continuer sur cette lancée.

Et quels rapports entretiens tu avec la musique puisque tes expressions artistiques ne s’arrêtent pas à cette discipline. C’est un passe-temps, une passion, une recherche existentielle ?
Un peu des trois. C’est avant tout par plaisir et même par jouissance. Dès lors que je termine une composition, cela me procure une sensation indescriptible. La musique est également importante dans ce qu’elle procure aux autres : les mots leur parlent, la mélodie leur suggère des émotions, ils la chantent. Tout cela est extrêmement jouissif et avec ce côté un psychanalytique, tu exprimes des choses au fond de toi, comme n’importe quelle expression artistique.

 

Quels sont tes processus créatifs ?
Je ne sais pas trop, fin de citation. (rires)

Ton album possède une multitude d’influences : très dance dans «  Nail Poslish », plus pop dans «  Pas d’amour » ou « Autopilote », voire hip-hop dans « Dial my Number ». C’est une nécessité pour toi d’afficher cette diversité de courants ?
Une nécessité non, mais ça se fait naturellement. J’aime l’exploration, même au sein d’un morceau, quand je commence à écrire je pose pleins de flows, j’essaie de chanter de façon aérienne puis de gueuler un truc, je vais dans tous les sens pour voir ce qui paraît pas le plus évident, ni le plus étonnant, mais le plus cool.

D’ailleurs, derrière une Mai Lan assuré, flegmatique, sexy et complètement barré, on sent le contraste d’une certaine fragilité, une intimité et une sensibilité à fleur de peau. C’est une dualité que tu cherches à retranscrire  ?
C’est une personnalité composée, je ne suis pas schizophréne (rires), mais je crois qu’on est tous les deux à la fois. Tout le monde passe par des moments de grands doutes, où l’on devient sensible, à fleur de peau, super vulnérable et d’autres moments on se sent le roi du monde. Je trouve ça intéressant de l’exprimer en musique.

Quand tu dis dans le dernier titre de l’album « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » , c’est une histoire personnelle à affirmer à la face du monde ?
Ça va avec le mood de l’album, qui dit qu’en ce moment je suis en autopilote, je me met sur le côté pour faire le ménage et que je ne serais pas disponible pour toi. Le « toi » représente mes proches, car on est tous dans ce processus où l’on veut comprendre, où l’on veut des réponses chez l’autre qu’on ne trouve pas. Je me mets en retrait, pour démêler le bazar, et dans « Pas d’amour », je me rappelle à l’ordre, car malgré tout le temps passe, et tu perds des moments de vie avec les tiens, tu es tellement dans tes prises de tête que tu ne te rends pas toujours compte qu’ils ne seront pas toujours là.

On sent ton univers graphique empli d’une folie douce, à la fois pop et très léché dans « Vampire », ultra kitsch avec « Les Huîtres  ». Tu pars toujours dans les extrêmes ?
Chaque univers est très différent, j’essaie d’aller au bout de l’idée et de l’émotion que cela suscite. Je n’ai pas envie de me retenir pour que ce soit cohérent. Chaque chanson est une œuvre autonome.

Tu expliques ton titre « Blaze up » à partir de ton mantra « Go with the flow ». Arrives-tu à embrasser cet état d’esprit dans ta carrière ?
Carrément, surtout pour les collaborations. Tu rencontres quelqu’un, et si ça passe tu construis quelque chose sans te prendre la tête. Si ça ne le fait pas, il faut s’en foutre. C’est pareil dans la musique : comme je ne suis pas une technicienne, je fais comme je le sens, même si certains compositeurs trouverait cela aberrant, si je l’aime je le fais.

Photo : Quentin Curtat

Tu collabores avec Club Cheval, Orelsan ou encore M83, tu es plutôt bien entouré ?
Je ne suis pas du tout dans le genre solitaire, j’aime quand les gens viennent participer, quand on peut se rencontrer entre deux concerts, c’est quelque chose que j’apprécie dans la relation aux autres.

Et justement tu as écumé des festivals comme le Glastonbury ou Coachella aux côtés des M83. Quel lien entretenais-tu avec le public par rapport aux petites salles ?
Dans les petites salles, le lien se fait plus de personne à personne, le public est beaucoup plus présent. Si tout à coup quelqu’un devient fou, j’essaie de jouer avec. En festival, c’est un nuage, non pas plusieurs entités mais quelque chose de plus global. Avec m83 on s’est parfois retrouvé à jouer devant plus de 100 000 personnes, ça devient presque normal, d’autant que leurs fans son déchaînés et hurlent à pleins poumons, pleurent ou rient.

Mai Lan sur scène, ça doit être assez déjanté non ?
On est trois sur scène et l’album est bien électro donc c‘est bien le bordel. À chaque fois qu’on fait « Gentiment je t’immole », je ne sais jamais quelle sera la configuration et si le public correspondra à la chanson. Si je vois trop d’enfants ou de familles j’évite de la faire, tout en sachant que les jeunes espèrent que je l’interprète. Mais au final on la chante beaucoup. (rires)

Ton album se finit avec le titre « Technique » : là tu pètes un câble non ?
J’aime bien interpréter le morceau comme il se doit. (rires)