Mode

LVMH Prize persiste et signe pour un luxe urbain

Accentuant une conduite empruntée depuis quelques années, le LVMH PRIZE 2018 a célébré le street wear et la mode internationale en distinguant Masayuki Ino et son label Doublet et Rok Hwang avec sa griffe Rokh.

Hier, mercredi 6 juin, se déroulait la cinquième édition du Prix LVMH à la Fondation Louis Vuitton, à Paris. Le prestigieux jury du concours, présidé par Delphine Arnault, s’est prononcé en faveur du créateur nipon Masayuki Ino, fondateur de la marque mixte Doublet. Un prix plus street wear et international que jamais, qui, dans la lignée de l’arrivée de Virgil Abloh chez Louis Vuitton, consolide l’amitié entre luxe et inspirations urbaines. Le jury a également tenu à décerner un prix spécial à Rok Hwang pour sa griffe féminine coréenne, Rokh.

Masayuki Ino, créateur de la griffe Doublet © Benoit Peverelli

Le jury, composé de directeurs artistiques et membres du groupe LVMH tels que J.W Anderson (Loewe), Maria Grazia Chiuri (Dior), Nicolas Ghesquière (Louis Vuitton), Marc Jacobs (Marc Jacobs), Karl Lagerfeld (Fendi), Humberto Leon & Carol Lim (Kenzo), Claire Waight Keller (Givenchy), Delphine Arnault (Louis Vuitton), Jean-Paul Claverie (LVMH), et Sidney Toledano (LVMH Fashion Group) a salué le travail de Masayuki Ino en lui offrant 300 000 euros et un an de mentorat assuré par LVMH. Le label du créateur japonais, ancien élève de Mihara Yasuhiro, a su allier motifs, graphisme et codes « streetwear », pour proposer un vestiaire mixte résolument urbain et conceptuel, faisant l’analogie entre vêtement et packaging.

Rok Hwang quant à lui, a séduit le jury avec des silhouettes que Delphine Arnault a qualifiées de « sensuelles », « féminines », et « conquérantes ». Des termes à envisager sous le prisme d’une nouvelle définition de la féminité, ici apparentée à celle prônée par Phoebe Philo à travers la femme Céline de 2008 à 2018. La collaboration passée entre Rok Hwang et Phoebe Philo au sein de la maison Céline semble avoir amorcé le développement d’une esthétique et d’une attitude féminine singulière, toute en lignes et en subtilité, déconstruisant et reconstruisant à loisir le vêtement en jouant avec ses codes. Une vision qui rappelle, avec une approche plus ludique et (peut-être) moins conceptuelle, la réflexion sur le vêtement de Martin Margiela. Le talent de Rok Hwang lui a permis d’obtenir un prix spécial du Jury, incluant la somme de 150 000 euros et, tout comme pour Masayuki Ino, un an de mentorat LVMH.

Rok Hwang, créateur de la griffe Rokh © Benoit Peverelli

Ont également été distingués trois jeunes diplômés, par le Graduate Prize. Les Lauréats se sont ainsi vus proposer chacun une bourse de 10 000 euros et un contrat d’un an au sein des maisons du groupe LVMH : Archie M. Alled-Martinez, diplômé de la Saint Martins School (Londres), intégrera donc l’équipe Givenchy. Maya Chantout, qui a étudié à la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, sera prochainement reçue chez Céline. Scylia Chevaux, française formée à Rome au sein de L’Accademia Costume & Moda, travaillera bientôt chez Louis Vuitton.

Ce sont en réalité deux démarches créatives jouant avec les codes de vestiaires connus et facilement identifiables qui ont été honorées par le LVMH PRIZE cette année. Par le biais de la réappropriation, Masayuki Ino et Rok Hwang insufflent à leurs labels respectifs une identité et une esthétique à la fois fortes et singulières, très en lien avec l’actualité de la mode. Et c’est peut-être cette actualité-même qui, finalement, questionne le plus : En qualifiant les créations sportswear de Masayuki Ino de « racées » et celles de Rok Hwang de « sensuelles », Delphine Arnault fait mieux que reconnaître des talents émergeants, elle offre une nouvelle définition à des qualitatifs dont le sens n’est plus le même pour les nouvelles générations. En faisant évoluer le regard qu’il pose sur le style, LVMH continue de rajeunir. C’est en réalité toute une ère qui se redéfinit et enterre l’ancien monde de la malle Vuitton. L’enterre ? Après tout, l’adage ne dit-il pas « pour vivre heureux, vivons cachés ? »