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Lettre au créateur – Gianfranco Iannuzzi

Chaque semaine, dans une lettre ouverte, TTT se penche sur la création, à travers une personnalité emblématique qui a compté, qui compte, et/ou qui comptera, dans les domaines artistiques. Un moyen de remercier ceux qui, par divers moyens, donnent naissance à la Beauté. Cette semaine, TTT remercie pour son travail le vénitien Gianfranco Iannuzzi, directeur artistique et co-réalisateur du parcours immersif inaugurant le premier Centre d’Art Numérique de Paris initié par Culturespaces, L’ATELIER des LUMIÈRES. Par sa perception de l’art, Gianfranco Iannuzzi donne une dimension nouvelle aux oeuvres de Klimt et Schiele, à l’occasion du centenaire de leur disparition. Une ode à la beauté et à l’humanisme, du 13 avril au 11 novembre 2018, dont il faut absolument s’imprégner. 

Monsieur Iannuzzi,

Chaque personne possède un talent qui lui est propre. Certaines ne le trouveront jamais, d’autres ne feront que l’effleurer. Et puis, il y a ceux qui prennent connaissance de leur don, l’exploitent, l’aiguisent, le perfectionnent, et en font ce qu’un talent doit être : une arme de paix.

© Culturespaces : E. Spiller

Je ne vous connaissais pas que j’adhérais déjà à votre ligne de pensée, que je me préparais à être puissamment touché par ce que vous alliez me dévoiler à l’Atelier des Lumières. Pensez donc : une ancienne fonderie de 2 000 mètres carrés, 3 300 mètres carrés de surface de projection, 3 000 images mises en mouvement, mais surtout, surtout, Klimt, Schiele et Hundertwasser à perte de vue, amplifiés, détaillés, dénudés, et dans les oreilles, Wagner, Strauss, Beethoven, Chopin, Mahler, Murcof, Puccini, ou encore le merveilleux Philip Glass. Bien sûr que je me précipitai à l’Atelier des Lumières, en toute confiance. Serein, non, car s’attendre à recevoir une claque émotionnelle n’apaise pas, bien au contraire, mais stimulé, impatient, vibrant.

© Culturespaces : E. Spiller

L’Atelier des Lumières est noir. Comme si toute la lumière, justement, était absorbée dans les deux salles les plus importantes, la Halle, espace de 1 500 mètres carrés, et le studio espace plus restreint de 160 mètres carrés, dédié à la création contemporaine. Noir, comme s’il fallait se purifier avant d’entrer dans ce paradis artistique. Se dépouiller, repartir d’un néant constructif.

L’on entre dans un sas, petit purgatoire avant l’explosion, et l’on arrive dans ce lieu qui n’a l’air de rien de commun, la Halle. Dix mètres de haut, d’énormes colonnes, une atmosphère non pas oppressante mais attentive, recueillie, Pure.

« Il faut […] prendre conscience que l’on fait partie intégrante de votre œuvre. »

Et dans ce lieu merveilleux votre talent éclate. La magie opère dès la première note, dès la première touche de lumière. Aux murs les peintures les plus éclatantes d’or et de beauté, agrandies, démultipliées, se créent sous nos yeux. L’émulsion d’une Vienne impériale s’imprègne en nous, le foisonnement d’un renouveau artistique jaillit et se fait nôtre. Il faut imaginer l’ampleur de cette création. Un palais aux mille visages, aux couleurs de feu et de printemps. Il faut, lorsque l’on est dans ce lieu, prendre conscience que l’on fait partie intégrante de votre œuvre. Les projections défilent aux murs, évoluent au sol, glissent sur nous, se déforment à notre contact, nous font parfois perdre l’équilibre tant la communion est forte.

Et c’est là qu’est votre talent, Gianfranco Iannuzzi : vous créez la communion. Grâce à vous, l’art se dépouille de toute analyse, et ne retient que ce qui compte, l’émotion. Comment ne pas vibrer lorsque l’or de Klimt étincelle à profusion, à nos pieds, à plus de dix mètres au-dessus de nos têtes, et s’entremêlent à la sensualité lourde de l’étude n°2 de Philip Glass ? Comment ne pas partager l’angoissante frénésie amoureuse de Schiele quand vous l’accordez si parfaitement avec Rachmaninov ? Et comment ne pas vivre en soi la profusion artistique de Hundertwasser, au son hypnotique de Memoria, de Murcof ?

« Sentir que l’on fait partie d’un tout, et que chaque être est en nous. »

Comment douter alors que le numérique a son rôle à jouer dans l’art ? Un rôle merveilleux, expansionniste : « Mis au service de la création, il devient un formidable vecteur de diffusion, capable de créer des passerelles entre les époques, de faire vibrer les pratiques artistiques entre elles, d’amplifier les émotions, de toucher le plus grand nombre ». Bruno Monnier, Président de Culturespaces, ne s’y est pas trompé, et vous-même, lors de notre échange, au cours duquel je n’ai certainement pas su vous dire à quel point ce que je venais de voir m’avait percuté, ne m’avez-vous pas confié que « si chacun peut s’attacher à un détail différent, voir quelque chose qu’un autre ne verra pas, le ressenti est le même, c’est la naissance de l’émotion, sans besoin d’explication » ?

Monsieur Iannuzzi, vous assemblez à merveille. Vous réunissez ce qui doit l’être. La preuve par votre équipe, constituée de talents complémentaires. C’est la vision de Renato Gatto, la parfaite maîtrise de Massimiliano Siccardi, la poésie de Ginevra Napoleoni, l’émotion de Luca Longobardi. C’est une équipe merveilleuse, unie, qui réunit plusieurs beautés pour n’en faire qu’une seule, à l’impact décuplé. Le but est simple : que chaque individu, même s’il ne voit pas la même chose que son voisin, ressente une émotion commune, la plus rare, la plus difficile à partager : l’humanité. Sentir que l’on fait partie d’un tout, et que chaque être est en nous.

Élégance suprême, dans cette immersion artistique, vous laissez à l’Atelier des lumières l’honneur de synthétiser votre pensée grâce à cette petite pièce isolée dans la Halle, entièrement recouverte de miroirs, et où l’on devient multiple à en perdre l’esprit : chaque reflet est un autre, et chaque autre est notre reflet.




 KLIMT, HUNDERTWASSER, POETIC_AI
 Commissariat : Béatrice Avanzi
 Du 13 avril au 11 novembre 2018

Atelier des Lumières
 38 rue Saint-Maur - 75011 Paris
 Ouvert 7j/7 entre 10h et 18h
 Nocturnes : vendredis et samedis jusqu'à 22h

www.atelier-lumières.com
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