Art & Idée Musique

Rencontre avec Acid Arab, ou la célébration culturelle par le sample

          Dans le cadre du festival breton Art Rock en juillet dernier, le TTT est allé à la rencontre d’Acid Arab et son univers cosmique. Je retrouve le duo dans la traditionnelle la salle réservée aux entretiens du festival briochin, où les murs blancs jalousent de moelleux canapés en velour. Dans cet espace résolument neutre, Hervé Carvalho et Guido Minisky dégagent un hâle de sérénité, et diffusent une aura tranquille par leurs mots. On en viendrait presque à chuchoter naturellement, entre deux sourires. Mais il faut prendre garde et se méfier de l’eau qui dort, ou plutôt de l’acide qui nous plonge dans un imaginaire arborescent. Acid Arab compose en effet une techno puissante qui envahit rapidement les corps et les cœurs, à coups de samples pointus et orientaux. Rencontre.

TTT : C’est quoi Acid Arab ?
Guido : C’est le média qui donne son point de vue. On a un nom qui est auto-descriptif, il y a peu à ajouter. (rires)

Et sous quelles auras s’est construit votre duo ?
Guido : À l’origine, on voulait faire une soirée à Paris en suivant cette thématique Acid Arab, il y a 2 ou 3 ans. C’est à l’occasion d’un festival en Tunisie que l’idée a commencé à naître de mélanger l’acid house et musique orientale. Ça s’est développé de manière inattendue et finalement nous sommes devenus un groupe.

Comment avez-vous eu l’idée d’intégrer des sonorités orientales sur fond d’électro, c’est un tour de force plutôt réussi non ?
Hervé : Pas vraiment, des tas de gens l’ont fait avant nous. Il y a une démarche un peu rigolote que permet notre nom assez imagé, il laisse recours à l’imagination et on peut y intégrer beaucoup de choses. En l’occurrence, le nom vient de Acid House, mais des gens voient plutôt un lien avec l’acid jazz ou même avec la drogue. (rires)

Il y a donc une envie de célébrer cette culture arabe ?
Hervé : Exactement, c’est intervenu avant même notre réflexion musicale. La première rencontre frappante de Acid Arab, c’est avec un musicologue en Tunisie qui nous a reçu au pied levé, on a eu envie d’en savoir plus et le gars nous a reçu dans un conservatoire.

Guido : Il nous a délivré sa science, nous a appris des choses dont nous n’avions jamais entendu parler, notamment sur la façon dont l’occident avait tenté d’imposer le solfège alors même que cela ne correspondait pas à leur musique, ou des anecdotes qui ont donné du corps au projet. On est ressorti de là avec un coup de foudre pour cet humanisme.

Est-ce qu’il n’y a pas un aspect politisé dans votre démarche musicale ?
Guido : Oui bien sûr, en s’appelant Acid Arab en France en 2017, c’est une position politique, même si on n’a pas de discours. On n’en parle pas trop mais ce projet porte de manière suffisamment claire cette voix, chacun l’interprète ensuite comme il le souhaite. Sans spoiler, c’est plutôt un truc d’ouverture et de tolérance.

Hervé : L’idée c’est de dire, « Attendez, essayons de comprendre ce que les autres cultures sont sans leur imposer un solfège, par exemple. »

Sentez-vous une différence dans la réception de votre musique entre les clubs et les festivals ?
Hervé : Dans les clubs on voit mieux les gens, la communion est plus concrète; au bout de 20 minutes on peut dessiner quelque chose. Mais on se produit très rarement dans ce genre d’endroits. On ne peut pas faire la même chose face à des milliers de gens en festival, il y a moins de complicité. Mais en tout cas, on a pu constater à Art Rock qu’on était très bien reçu, on a eu une très très bonne surprise, la foule était incandescente du début à la fin.

Ça fait quoi de passer de la scène B a la grande scène ? 
Hervé : Ça fait super plaisir parce que notre premier passage s’était très bien passé, et être réinvité sur la grande scène, surtout en clôture, c’est très agréable. Ce n’est pas si courant pour un festival de reprogrammer les mêmes artistes, je me demande si le public sera heureux de nous revoir.

Personnellement, je sens un élan de générosité dans votre création musicale, ressentez-vous cet aspect qui émane de votre musique  ?
Hervé : C’est cool si tu le ressens comme ça. Il y a une notion de partage, je ne sais pas si ça nous définit mais c’est sympa de voir le projet comme ça.

Quels sont vos projets après ce succès et les retours positifs ?
Guido : La suite c’est l’EP, et nous faisons la promotion un artiste égyptien au travers d’un label qu’on veut créer.

Pourquoi créer un label du coup ?
Guido  : Parce qu’on les veut chez nous ! (rires)

Hervé : Toutes nos histoires son liés à des rencontres. Acid Arab a sorti c’était la série collection chez Versatile – 3 EP et 1 album – avec des amis, des collaborations et d’autres artistes. C’est donc assez logique de créer un label.

Retrouvez Acid Arab en tournée dans toute l'Europe : 



La performance complète du festival :

Interview réalisé avec l'aide d'Emma Belas.