Expositions Mode

Festival de Hyères : Odyssée de la création

C’est sur quelques notes de pluie que s’est clôturé le week-end embrasé du Festival de Hyères, dimanche dernier. La Villa Noailles consacre pour la 33ème année les talents de demain, offrant une vitrine de choix pour cette génération de jeunes créateurs. Cette édition s’est montrée riche dans la variété des thèmes abordés, parfois négligés dans le milieu de la mode, comme le handicap ou les grandes tailles. Une prise d’engagement synonyme de renouveau : les créations nous confrontent à la réalité, sans pour autant nous priver d’un aspect plus rêveur. Retour sur les figures marquantes de cette 33ème édition.

Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh – Grand prix Première Vision

Le jury de la catégorie Mode, présidé par Haider Ackermann, a tout d’abord salué le travail du couple néerlandais formé par Rushemy Botter (32 ans), originaire des Caraïbes, et Lisi Herrebrugh (28 ans), venant de l’académie d’Anvers. Depuis 9 ans tous deux construisent progressivement leur place dans l’univers créatif anversois. Pour preuve la récompense par le Grand Prix Première Vision de cette édition 2018, qui vient confirmer ce jeune couple, en lice pour le Prix LVMH, dans le design mode.

Retrouvez notre rencontre avec Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh

© Benjamin Rouan

Kate Fichard, Flora Fixy et Julia Dessirier – Lauréates du Grand Prix Swarovski de l’Accessoire

Ce trio français a pour ambition de rendre la prothèse auditive plus élégante. Inspiré par la photographe malentendante Kate Fichard, qui contacta Flora Fixy et Julia Dessirier, deux designers produits collaborant dans leur propre agence, ce projet dénonce le défaut esthétique de ces appareils d’importance, qui évoluent très peu, malgré des efforts considérables en matière de recherches. Un thème novateur pour le milieu de la mode qui passe encore difficilement la frontière du handicap, mais l’attribution de ce prix révèle un bel encouragement dans cette direction.

© Benjamin Rouan – saywho.fr

Eva O’Leary – Prix de la Photographie

À travers des portraits de jeunes femmes, la photographe, basée à New-York, mène un travail très personnel, qui questionne à travers les regards de ses modèles la notion de genre, l’identité et le commerce de la beauté. Eva O’Leary se sert d’un miroir double face pour constituer ses photographies, le spectateur se laisse aspirer par la profondeur du regard révélateur de ces filles. Un prix en accord avec l’évolution actuelle de la pensée d’égalité entre les sexes, mais également avec les critères élevés de poésie et de technique exigés par le jury du festival.

Ester Manas – Prix Galeries Lafayette

Française expatriée à Bruxelles, Ester Manas est sélectionnée pour créer une collection capsule avec les Galeries Lafayette. Formée à La Cambre où elle présente ses premiers travaux en 2017, ses pièces jouent avec des matières transparentes, on y voit « de l’élasticité, de la brillance, les défauts« . Avec Big Again, Ester s’engage auprès de toutes les femmes de la taille 34 à 50. « Ma collection célèbre les formes, le corps et les femmes (…) elle rassemble deux idées assez fortes qui sont celles de la protection mais aussi du dévoilement« . Des convictions saluée par les Galeries et chaleureusement accueillies par le public.

© Benjamin Rouan – estermanas.com

Marie-Eve Lecavalier – Prix Chloé

Les 10 candidats sont invités à réaliser une tenue évoquant l’esprit de la maison Chloé. Ce prix s’est vu remettre à la tenue signée par Marie-Eve Lecavalier, créatrice canadienne formée à la HEAD de Genève. Elle reçoit également la mention spéciale du jury pour sa collection Come get trippy with us « une collection pour femmes qui tend à jouer avec les limites de la psyché, du rêve et de l’étrange. » La créatrice nous dévoiles que ses inspirations sont presque hallucinatoires, ventant une imagination et un subconscient fertiles.

© Benjamin Rouan

Une dernière édition du Festival de Hyères qui dessine une perspective curieuse, mais révélatrice d’un changement important: notre société est en pleine mutation et appelle enfin à la vérité et la libération du corps, l’acceptation de nos défauts comme étant notre plus grande richesse, et le plaisir délicieux qu’il y a à les accepter. Cette transition semble enfin se mettre en marche, après des décennies à l’éviter, la nier ou la déformer. Aujourd’hui, les designers ont une multitude d’opportunités qui s’ouvrent à eux, et peuvent enfin concevoir un monde adapté à chacun, qui n’ampute pas esthétiquement le monde de la majorité de sa population, un monde, enfin, qui se partage, et ne se divise pas.