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Mode

Men Fashion Week SS19 I/IV – Florence – Pitti Immagine Uomo

Pour l’été 2019, le Pitti Immagine Uomo a dévoilé une mode masculine  aussi espiègle et désinvolte qu’élégante et sensuelle, s’affichant toute en longueurs, en lignes, et en mouvement.

En opposition à une vision très binaire observée l’année dernière : silhouettes « classique –chic » aux carrures développées et coupes géométriques d’un côté. Lignes urbaines-sportives, aux matériaux souples de l’autre. Une tendance globale et unie s’est formée cette année autour d’une pensée plus fluide et sensuelle de l’habillement masculin. A mi-chemin entre amusement et néo sensualité, les collections proposées jouent sur la manière de porter le vêtement et replacent le corps et son mouvement au centre de la démarche.

A première vue, cette nouvelle édition témoigne d’un éclectisme impressionnant, valorisant les concepts esthétiques et des ambiances fortes : Foisonnement de lignes et de couleurs pour aborder le vêtement sous toutes ses coutures (de son ébauche à sa finalité, en passant par son assemblage) chez Craig Green ; Ambiance monacale à la croisée de la mode de rue et de l’aristocratie, de l’histoire et de l’avant-garde chez Fumito Ganryu ; déconstruction des codes de l’habillement et du port classique du vêtement chez BED J.W Ford ; enfin,  masculinité désinvolte et sensuelle pour Roberto Cavalli et Federico Curradi. Si au premier abord ces approches peuvent paraître différentes les unes des autres, elles se rejoignent cependant autour d’une volonté de sortir le vêtement masculin de son engourdissement actuel, et de le réinterpréter.

Pour ce faire, les marques et les créateurs ont su préserver leur identité créative et stylistique tout en ayant recours, comme en réaction à l’ époque actuelle, à des questionnements et procédés similaires. Et si les emprunts sont encore bien visibles, ce sont les frontières entre les différents styles et codes qui elles, ont été rendues poreuses. De cette manière, Fumito Ganryu a fait basculer une signature urbaine vers une certaine forme d’aristocratie en allongeant les coupes, ennoblissant les matériaux et jouant avec des postiches et une atmosphère solennelle. Atmosphère entrant tout particulièrement en résonnance avec les grandes capes « monacales » vues en début de défilé.

Ganryu a également bousculé les codes vestimentaires en proposant une manière moins conventionnelle de porter le vêtement: vestes à demi enfilées ou encore vêtement hybride associant un short à un pantalon.  Ce jeu sur l’usage du vêtement se retrouve chez BED J.W Ford, qui a autorisé une robe à n’être qu’à demi enfilée, une veste à se faire jupe et une chemise nouée sur la taille à devenir ceinture… Chez Craig Green, le travail effectué sur la ligne et les couleurs a fortement accompagné la relation entre définition même du vêtement (croquis, patron/maquette, vêtement fini) port de ce dernier. C’est cette ligne et ces couleurs qui lui ont aussi permis de proposer une nouvelle hiérarchie dans la construction de la silhouette. Des pièces de dessous, marcel, caraco, body…, ont été imprimées sur des pièces dites de dessus, t-shirt et chemise. Cette relation espiègle au vêtement et à son usage conventionnel ne s’est pas arrêtée là : ces silhouettes sont en réalité les prémices d’un questionnement sur la manière d’adapter et de porter un vêtement conventionnellement attribué à l’autre sexe. Prenant racine dans une réflexion profonde, les collections présentaient au Pitti un caractère joueur, léger et jubilatoire :   Eh non!, le vêtement ne peut être contenu et défini en un rôle et un sexe unique.

De même, Les créateurs évoqués jouent avec la définition de la masculinité, l’émancipant du cliché et du mythe de la virilité, par le biais de la sensualité et du mouvement. Le travail graphique sur la ligne de Craig Green se retrouve de manière plus subtile chez BED J.W Ford et Fumito Ganryu : elle confère aux silhouettes une allure déstructurée, flirtant avec la désinvolture, en définissant  des points d’appuis très choisis sur le corps qui jouent sur le tombé du vêtement. Cette esthétique n’est pas sans rappeler le « flou maitrisé » et l’élégance de la toge antique.  Les robes colorées et à motifs vues chez Craig Green vont également dans ce sens : loin de féminiser l’homme, elles lui font gagner en prestance et en sensualité. Dans cette dynamique, les différentes pièces composant les silhouettes ne fragmentent plus les tenues mais leur octroient une harmonie naturelle. Cette harmonie apparaît également entre le corps en mouvement et les vêtements, dont les points d’appui mettent en valeur la nuque, les épaules, la taille, les hanches et les fesses. Cette valorisation du corps masculin et de sa sensualité est aussi présente chez Roberto Cavalli, qui a su souligner subtilement le capital sexy des  hanches et des fesses masculines, et chez Federico Curradi, qui, par un jeu de coupes, a su rendre le vêtement « glissant », comme enfilé à la hâte. Une désinvolture masculine et sensuelle qui dévoile la nuque mine de rien, se noue prestement autour de la taille en un mouvement, appelant explicitement le regard.

Contrairement à ce qui avait été présenté l’année précédente, l’élégance s’est cette fois émancipée de la classique carrure anguleuse pour s’unir à la fluidité de lignes plus « antiques » ou streetwear. Les silhouettes proposées semblent alors plus que jamais rendre les frontières, entre  corps et vêtement, et entre codes et  styles, poreuses, se permettant de redéfinir la notion  même  de vêtement, son usage et son sexe. Une démarche globale qui, bien loin de la binarité encore « cloisonnante » de l’année précédente, laisse entrevoir une liberté joyeuse, ludique et sensuelle pour l’homme.