Lifestyle Mode

Le dessous des dessous masculins

Boxer. Slip. Caleçon. Et c’est à peu près tout. En tant que femme, le peu de choix proposé aux hommes quant à leurs sous-vêtements paraît bien étonnant. Etonnant, aussi, le fait que ces messieurs n’aient pas l’air de vouloir changer cela d’un iota, malgré la diversification et l’importance donnée aux collections masculines ces dernières saisons. Mais la sainte trinité boxer-caleçon-slip gagne en importance à l’heure où créateurs et entreprises hi-tech s’essaient à l’optimisation du confort, du style et des possibilités de choix du consommateur. En exemple les chiffres du Salon de la Lingerie à Paris, dont l’espaces hommes grandit chaque année : on notait 12 stands en 2014, quand 32 y étaient dédiés en 2016. La tendance générale de la vente de dessous masculins est à l’aube de changements – à quel avenir s’attendre ?

Andy Crum par Mitch Major

« Les hommes ne prêtent généralement pas assez attention à leurs sous-vêtements », partage Joe, directeur et fondateur du blog de mode masculine Comme Un Camion : « sur les forums, on leur dit toujours d’y porter autant de soin qu’au reste, mais cela demeure loin d’être une habitude ». D’où un marché gouverné par le confort et… les prix bas : « la plus grosse vente sous-vêtement, c’est le pack de trois boxers qu’on trouve partout chez les grandes enseignes de fast fashion », ajoute Joe. Les hommes ne sont-ils donc intéressés que par le prix et le confort ? « En majorité, oui. Le design est aussi recherché, en plus du confort, à parts égales ou non suivant l’acheteur. Mais le choix demeure très pragmatique à l’achat. » Ajoutez cela au fait que souvent les écoles se côtoient sans se mélanger – avec un prédominance pour le boxer ces dernières années –, l’avenir du sous-vêtement masculin s’annonce bien immuable de son état présent, si seul l’acheteur en décidait. Mais ce n’est pas l’avis de certaines marques qui tentent de contourner, et retourner, les attentes et habitudes du consommateur lambda.

Damian García par Rafa Casares

Avec le confort et le prix, le design devient une variante prise en compte à l’achat de sous-vêtements. Des marques comme Le Slip Français font dépenser plus de 35€ pièce grâce à la bonne matière, au bon look… et au bon marketing. Le marché masculin est de plus en plus sensible aux campagnes publicitaires, qui les mènent l’air de rien vers plus d’imprimés et de couleurs. « Quand il y a un petit plus innovant en terme de look, matières ou technologie, le consommateur peut être poussé à sortir de son comportement habituel ‘pack de trois’ », explique Joe. En exemple, des innovations comme celle de la marque DUOO Hopeful, qui révolutionne le paysage du sous-vêtement masculin avec sa technologie anti-ondes, permettant à ces messieurs de protéger leur propre pack de trois des affres de la vie moderne. « Le futur du sous-vêtement masculin est dans l’innovation », partage Antoine Serouille, co-fondateur de DUOO Hopeful, « les matières seront primordiales, avec des vertus anti-bactériennes ou remodelantes, ainsi que l’avènement des tissus connectés . » Selon lui, « ce n’est pas tant une histoire de coupe – nous avons choisi le boxer chez DUOO pour des raisons techniques de maintien – qu’une question de fonctionnalité. Le style a son importance, avec couleurs et imprimés, mais la demande des acheteurs demeure classique. »

Luca Vigener par Brandon Wilson

Cette réalité (un peu ennuyante) à l’esprit, je vaque et interroge mon entourage… et une chose certaine pointe son nez : certains hommes ne sont pas classico-classiques quant à leurs sous-vêtements. Seulement « certains », mais on en déniche. L’augmentation des ventes de sous-vêtements en ligne a conduit certaines entreprises à se spécialiser dans des coupes plus osées, proches de la lingerie féminine, avec des strings ou des découpes au niveau des fesses. Ces acheteurs sont une niche, pour sûr, mais leur demande est en perpétuelle croissance, surtout dans la communauté gay. Aline Tran, propriétaire d’un magasin de lingerie féminine à Pigalle, Les Rituelles, ajoute : « On me demande pas mal de pièces en version masculine, les culottes imprimées notamment. » Elle observe également : « je vois de plus en plus d’hommes qui achètent de la lingerie féminine pour eux : de la dentelle, des bas, et même des soutien-gorges. Cela tend doucement à se démocratiser. » Quid de la création d’une forme de lingerie féminine dans le futur ? « Ce serait chouette qu’une marque se lance. Mais ce serait probablement périlleux d’un point de vue commercial ; cela reste un comportement marginal dans les esprits. Mais je suis sûre que plus d’hommes qu’on ne le pense portent de la dentelle. » Et soudain l’avenir du sous-vêtement masculin s’annonce beaucoup moins ennuyant – à quand mon futur homme à caleçon de dentelle ?

Ryan Kolton par Jon Malinowski

Couverture : Chris Zellermayr par Brian Jamie