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Art & Idée Danse Sélection 2018

Kibbutz Contemporary Dance Company : Mother’s Milk au Théâtre de Paris

Pour la première fois, le Théâtre de Paris accueille un spectacle de danse, Mother’s Milk, dans le cadre de la première édition du Paris de la Danse. Rami Be’er, chorégraphe star de la Kibbutz Contemporary Dance Company (KCDC), inaugure ce premier cycle avec une représentation d’une force et d’une profondeur qui touche à nos sentiments les plus intimes.

La Kibbutz Contemporary Dance Company est née au coeur du Kibbutz Ga’aton à l’Ouest de la Galilée, en 1973, dirigée par la chorégraphe Yehudit Arnon, rescapée des camps. Ce dernier point, même s’il semble n’appartenir qu’à l’histoire personnelle de la créatrice de la compagnie, va en réalité influer toute l’histoire et les valeurs exprimées par les mouvements des danseurs de la compagnie. Le besoin transcendant d’union et de solidarité ressenti au sein de la communauté juive dans la période post-Auschwitz est au cœur des enjeux de la création des Kibbutzim. Les Kibbutzim sont le rêve des premières communautés juives qui s’installent en Palestine. Une communauté de familles vivant en commun selon un idéal de socialisme où les enfants apprennent ensemble et où les adultes travaillent ensemble dans un rythme qui permet de s’adapter à chacun, sans pression du groupe; un endroit où les rêves restent vivants et où les rapports de pouvoir et de domination sont exclus.

Ce sont ces valeurs d’amour, d’harmonie et de partage que Rami Be’er a traduit à merveille dans cette performance qui évoque en nous une palette d’émotions aussi riche que peuvent l’être les interprétations de la représentation Mother’s Milk. Le cœur de ce spectacle est d’avoir réussi à mettre en valeur la richesse de l’héritage particulier de chacun des danseurs au sein d’un groupe qui reste cependant en parfaite cohésion. Alors que l’histoire de la danse est une longue histoire de chorégraphes cherchant à effacer les singularités des danseurs pour représenter le mouvement parfait, Rami Be’er défend un mouvement qui n’est complet qu’à condition de révéler une partie de la personnalité, du caractère de celui qui l’effectue. La troupe occupe pour cela tout l’espace scénique, chacun des danseurs réalisant le même mouvement selon son propre goût, tout en se référant constamment à l’altérité de son voisin, ce qui confère une force incroyable à l’ensemble. Aucun danseur n’est mis plus en avant qu’un autre, l’héritage de chacun étant envisagé sur un pied d’égalité et n’exprimant que l’amour de l’autre par le don de soi. Il n’est plus ici question de classement, de réussite, de hiérarchie : seulement de corps exprimant leur héritage. Héritage qui, sur cette scène plongée dans la pénombre, est également symbolisé par un chandelier de cristal, seule source de lumière, représentant les réminiscences éclairant chaque quotidien. Au-delà d’un sublime jeu d’ombres et de lumières, de corps en mouvements humanistes, le spectateur se laisse emporter par une musique onirique mais rythmée, directement inspirée du monde du trip-hop, avec des artistes comme James Blake ou Nicolas Jaar.

Rami Be’er a voulu faire de ce spectacle un hommage à l’amour et à la transmission culturelle de ses parents, également survivants de l’holocauste. Au-delà de ce lien particulier, il a choisi de présenter la scène comme une “caverne de la danse” où s’expriment nos pensées les plus sincères et les plus intimes. Des pensées que nous partageons tous, mais que nous interprétons uniquement à l’aune de notre propre histoire et de nos propres ressentis : faut-il se sacrifier pour quelqu’un ? Est-ce nécessaire de faire des compromis pour vivre avec autrui ? Notre propre reflet dans les yeux de l’autre n’est-il pas finalement l’unique raison de notre amour ? Nous pensons que la souffrance amoureuse, la solitude, l’abandon, l’amour, nous éloignent les uns des autres, or, ces émotions sont, selon Rami Be’er, tout ce qui nous unit, nous définit.

© Théâtre de Paris

Si les trois médiums artistiques que représentent la photographie, le cinéma et la danse peuvent être comparés, ce n’est qu’à l’aune de leur pouvoir de représentation du réel, grâce à une distanciation face à nos actes routiniers, distanciation qui permet la mise en relief de leur nature singulière. Mother’s Milk en est un exemple réussi à la perfection et qui nous aspire en nous interrogeant sur notre place au sein du groupe, la singularité de notre héritage familial et culturel, et sur la profondeur de nos blessures et insécurités. Rien ne manque à cet exercice chorégraphique de haute volée. Rami Be’er propose ainsi une incroyable déformation contrôlée de nos émotions, en utilisant ce corps dont nous nous efforçons pourtant de contrôler au quotidien les difformités.

 


 

La Kibbutz Contemporary Dance Company présente Mother’s Milk au Théâtre de Paris du mercredi 13 juin au dimanche 17 juin, dans le cadre de la première édition du Paris de la Danse. Le Théâtre de Paris propose également d’assister à une masterclass dirigée par Éléonora Abbagnato, directrice du ballet de Rome et danseuse étoile de l’Opéra National de Paris et Benjamin Pech, danseur étoile de l’Opéra National de Paris qui répèteront les pas des ballets Le Parc d’Angelin Preljocaj et Carmen de Roland Petit, le lundi 18 juin, à 20 h.

 

http://www.theatredeparis.com/spectacle/kibbutz

http://www.theatredeparis.com/spectacle/masterclass

http://www.kcdc.co.il/en/