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Musique

Clara Luciani, chanteuse de coeur

Dans Monstre d’amour, Clara Luciani parlait déjà d’amour. Avec Sainte Victoire, son premier album, la chanteuse évoque avec davantage de précision la douleur de perdre, la difficulté à se relever et la beauté de la survie. Immersion dans une histoire d’amour en Pop made in France. 

À la première écoute, sa voix suave teintée d’élégance déroute. La signature vocale de Clara Luciani s’impose, et nous entraine dans un univers musical perturbant, car aussi ordinaire qu’innovant. Avec elle on se laisse entrainer par des notes de guitare électrique et de piano. On erre entre les musiques, l’on est bercé par des paroles tendres et sincères, et l’on se prend à aimer, à adorer le spleen à la sauce Pop. Oui, Monstre d’amour, E.P de 2017 et Sainte Victoire, son premier album, sont le doux exorcisme d’une histoire d’amour, celui qu’il faut écouter lors d’un gros chagrin d’amour, un soir d’été pluvieux, quand les larmes se plaisent à couler. 

Il faut dire que la voix de Clara est un velours rigide, qui claque et ne plie pas. On la croirait calculée, elle n’est que maîtrisée. Elle perturbe, elle titille, et il suffit de deux chansons pour se laisser porter. La voix ressemble à d’autres, mais elle possède quelque chose, un je-ne-sais-quoi qui lui donne un coup de griffe certain. 

Les textes, quant à eux, sont beaux et simples. Cela semble peu, c’est déjà pas mal. Moins poussés que ceux d’une Juliette Armanet légèrement évaporée, plus stable que les paroles d’une Christine & The Queen aux paysages moins accessibles, les textes de Clara sont simples, posés sans vergogne comme ils sont. La poésie n’en est pas moins présente et douce. Ce sont les mots d’une petite souffrance, celle d’un cœur déchiré, et s’ils paraissent simples, c’est seulement qu’ils sont humbles : 

« Dis-moi quelle est cette colère
Qui me tord, qui m’atterre
Que je ne connais pas »*

 

Des paroles qui disent la difficulté de se séparer, d’être quitté, d’être coupé en deux. Un sujet si bateau que l’on en vient parfois à oublier qu’il est notre quotidien, et que chaque jour, quelques uns pleurent, espèrent, ou sont quittés par un être adoré. Et lorsque dans son E.P Monstre d’amour, Clara chante sporadiquement sur fond sonore de tragédie

« Qu’on balance les restes au feu
J’ai en horreur les adieux
Je suis triste
A crever
N’est-ce pas en réalité une traduction simplifiée

de ce que Verlaine a pu écrire dans L’Angoisse ? :
Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renie
Toute pensée, et quant à la vieille ironie,
L’Amour, je voudrais bien qu’on ne m’en parlât plus. »

 

En vérité, ce qui dérange un peu, chez Clara Luciani, c’est que l’on croirait qu’elle se cherche encore un peu, comme si la patine n’était pas encore bien faite, la peinture pas tout à fait fraîche. Mais en réalité, n’est-ce pas ce qu’il y a de mieux à lui souhaiter ? Qu’elle se trouve, qu’elle se cherche, qu’elle se retrouve pour se perdre, et qu’à chaque album, nous soyons là, avec elle, à nous trouver et/ou nous perdre ? 

Un très bel album, sincère et droit, élégant et doux, qui nous rappelle en quelque sorte à nous, à notre individualisme. Et si d’aventure l’on vient à tiquer ou à sourire devant une faiblesse, ne nous moquons pas, c’est ce qui en fait la poésie. 

La chanteuse est désormais en tournée dans toute la France et affiche complet pour la Gaité Lyrique en fin d’année et à la Cigale en janvier 2019. Elle sera présente aux Francofolies ,cet été 2018.

* Monstre d’amour, Sainte Victoire