Mode Portrait

Clara Daguin | Participante à la 31e édition du festival de Hyères

Clara Daguin

Combinaison en polyester contrecollé assemblée à l’ultrason, incision sur la poitrine, boucles d’oreilles avec capteur de rythme cardiaque … Indubitablement, la collection de Clara Daguin, lors de la 31e édition du festival de Hyères, aura marqué les esprits par son univers tout aussi provocant qu’innovant. À 28 ans, la jeune créatrice a tous les bagages en main pour percer dans le monde de la mode: après l’obtention d’un diplôme en art graphique à San Francisco et d’un Master en stylisme aux Arts Décoratifs de Paris, elle côtoie les grandes maisons dont celle de Chalayan, Alexander McQueen ou encore Maison Margiela.

Curieux de ses inspirations et de la portée de ses messages, nous avons profité de la fin du festival pour rencontrer Clara dans un café calme et apaisant aux pieds des Buttes Chaumont. Sautant sur l’occasion pour parler de cet événement, elle nous conte, d’un air amusé, les péripéties de ce voyage: un talon qui casse la veille des présentations, les expositions de la Villa Noailles et la folie transcendante de la soirée Paco Rabanne…

TTT: Le corps, sa structure, est la base de tes créations, elles lui rendent hommage en le soulignant et dévoilant, d’où te vient cet intérêt ?
Clara: Je pense que le fait que je sois diabétique, et que j’ai en permanence sur moi une pompe à insuline fait que je m’intéresse beaucoup au rapport et la connexion entre le corps et la technologie. Après, nous sommes tous plus ou moins dépendant de celle-ci, ou du moins de l’objet qu’est le vêtement. Cela fait un moment que je m’intéresse au corps, mais d’autant plus à la dépendance qu’il subit. Si je pouvais décider, on serait tous nus dans la jungle en communion avec la nature, mais la société en a voulu autrement. rire

La femme, son corps, son sexe, est un leitmotiv tout au long de ta collection, pourquoi cette mise en évidence ?
À la base je me suis inspirée d’une exposition, « Body Worlds », qui met en avant le travail de Gunther von Hagens. C’est un artiste qui décompose des corps. Il les découpe et les ouvre, ça permet d’avoir des plans anatomiques au-delà de la peau qui, elle, devient juste un panneau volant. Du coup je m’étais inspiré spécifiquement d’une des images où il y avait un ajouré au niveau de la poitrine, avec cette peau qui retombait vers le bas.
J’imagine que en citant le sexe de la femme tu fais référence à l’une des robes de la collection, ouverte spécifiquement à cet endroit. Je t’avoue que ça s’est un peu fait tout seul quand j’ai cousu et assemblé la pièce, après avoir fait le travail de broderie et de volants. Mais finalement, ça ne m’a pas gênée du tout. C’est l’heureux hasard de la mode. Parfois tu as une idée en tête, et quand celle-ci prend forme, une nouvelle chose se construit, ça t’aide à avoir une vision renouvelée.

Clara Daguin

Ton projet, Body Electric, met en avant l’usage de diodes électroluminescentes (LED) au sein même de tes pièces, tu mets en lumière l’ossature… Faire apparaître le caché, l’invisible, est une de tes préoccupations ?
Oui, et je m’inspire beaucoup des réseaux informatiques pour se faire… La lumière est une belle manière de révéler le corps, puisque la fibre optique est ce qui transmet l’information. Il ne s’agit même plus de faire un parallèle poétique en fait, c’est un moyen pour rendre compte en s’appropriant le réel et en passant par celui-ci.

Ce projet, est-il, à ton sens, futuriste ?
Beaucoup de gens le qualifient comme tel. Personnellement, pour moi c’est autant un regard vers l’avant qu’un regard vers l’arrière puisque les silhouettes qui m’inspirent ne sont pas du tout futuristes. Je vais souvent piocher dans l’uniforme, le classique, ou encore dans les tenues de travail du début du siècle et de la Seconde Guerre mondiale. C’est plus cette époque-là qui m’intéresse au niveau de la forme que la science-fiction. Après c’est justement la rencontre des deux qui est fascinante.

Est-ce que les textiles innovants sont une source d’inspiration pour toi, et aimerais tu t’y essayer dans le futur ?
Textiles innovant, oui, mais je pense qu’il est aussi important de garder quelque chose de fait main, de manuel et d’expressif.

Comment imagines-tu l’avenir ? Le festival d’Hyères t’a-t-il ouvert de nouvelles portes ?
J’ai eu pas mal de retours positifs suite au festival de Hyères et l’avenir commence à se concrétiser avec quelques propositions de collaborations. Après je pense aussi qu’il faut savoir où tu veux aller et pas forcément dire oui à tout. C’est probablement la valeur la plus dure à respecter, car la plus tentante, surtout au début, dans ce milieu.