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Brexit: Quel sort pour la Fashion Week de Londres?

Le rideau est tombé, La Fashion Week londonienne s’est terminée. Mais le Brexit, lui, inquiète toujours. Il laisse planer un vent d’incertitude sur l’avenir de cette semaine de la mode.

Alors que Theresa May fait les yeux doux au 45ème président des Etats-Unis, Londres, elle, se révolte. Lundi, des milliers d’opposants protestaient contre la venue prochaine du très controversé Donald Trump. Presque simultanément, les citoyens européens expatriés en Grande-Bretagne manifestaient contre le refus du gouvernement de garantir leur droit. A l’heure où la procédure de sortie officielle de l’Union européenne se rapproche, le monde de la mode britannique espère bien éviter une rupture radicale.

Mardi s’est achevé les cinq jours de folie de la Fashion Week londonienne. L’ombre du Brexit était bien présente. Et ce n’est pas faute d‘avoir voulu rassurer. La veille des défilés, le Premier ministre avait tenté de calmer les esprits. Dans son discours du 10 Downing Street, elle avait insisté sur le poids que représentait cet événement sur l’économie du pays.

 26 milliards de livres sterling (32,7 milliards d’euros)

C’est le chiffre que représente l’industrie de la mode britannique. Avec 900 000 emplois en jeu, ce marché a toute son importance en Angleterre. Des talents venus du monde entier viennent travailler au sein des ces entreprises. Des centaines d’étudiants étrangers viennent faire leurs études dans les écoles de mode et d’arts anglaises. À l’image de la prestigieuse Central Saint Martins College of Art and Design de Londres qui rassemble plus de 50% de jeunes venus de pays différents, la capitale du Royaume-Uni attire. Mais quel avenir au lendemain de la mise en application du Brexit ? La nouvelle administration entend reprendre le contrôle de ses frontières, empêcher les immigrés de prendre les emplois que les anglais pourraient remplir. Et le monde de la création dans tout cela ? De nombreux savoir-faire vont fuir pour profiter à d’autres villes comme Paris ou Milan. Ceci est d’autant plus préoccupant quand on sait que plusieurs ateliers londoniens disposent d’un personnel à 70 % européens (d’après Adam Mansell, le directeur général de l’association britannique de la mode et du textile). C’est pour toutes ces raisons que Caroline Rush, la directrice du British Fashion Council a exprimé ses préoccupations à l’ouverture la LFW.

« J’espère que vous (les politiques ) allez entendre nos interrogations sur les visas, l’arrivée de talents, les droits de douane, les frontières sans heurts et la propriété intellectuelle. »

Car la mode, en effet, exprime le reflet des problématiques de nos sociétés. Lors de la NYFW, nombre de designers l’ont encore une fois prouvé. Public School, Calvin Klein Proenza Schoulder ou encore Mara Hoffman ont pris les armes contre la politique migratoire de Donald Trump et son mépris fait aux femmes. À Londres, les créateurs sont restés plus discrets. Craignaient-ils un retour de bâton de la part de Downing Street ? Le futur incertain du Royaume affole. Aussi, les directeurs artistiques ont tourné leurs collections vers le passé.

La mode anglaise se referme-t-elle sur elle même ?

Christopher Kane a présenté une collection féminine qui exalte le romantisme glorieux de l’île. D’autres comme Simone Rocha  ou Gareth Pugh encensent la femme forte de caractère face aux bâtisseurs de murs. Chez Marques Almeida, ses silhouettes amenaient une vision extérieure comme celles de chez Versus Versace. Zayn Malik célébrait la diversité culturelle de la Grande-Bretagne à l’image de certains quartiers comme Camden Town. Le défilé proposait des pièces punk, rock et sportwear propre à la mixité et à l’ouverture d’esprit cher au pays.